{"id":1285,"date":"2017-01-08T12:19:02","date_gmt":"2017-01-08T11:19:02","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1285"},"modified":"2017-01-08T12:19:02","modified_gmt":"2017-01-08T11:19:02","slug":"demain-le-design-de-linteraction-a-la-relation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1285","title":{"rendered":"Demain le design &#8211; De l\u2019interaction \u00e0 la relation"},"content":{"rendered":"<p>In \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/editions-design-numerique.fr\/sommaire-vol1-12012\/\" target=\"_blank\">Interfaces Num\u00e9riques\u00a0\u00bb N\u00b01<\/a>\u00a0\u00bb &#8211; (<a title=\"Demain le design - De l\u2019interaction \u00e0 la relation\u00a0\u00a0\" href=\"http:\/\/editions-design-numerique.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/2012_1-6.pdf\" target=\"_blank\">lire l&rsquo;article ici<\/a>)<\/p>\n<p><strong>&lt; R\u00c9SUM\u00c9 &gt;<\/strong><br \/>\nCet article propose une analyse critique sur une forme de pens\u00e9e dominante dans le domaine du design dit \u00ab num\u00e9rique \u00bb, qui voudrait caract\u00e9riser ce dernier comme porteur syst\u00e9matique d\u2019interfaces. Ce diktat des interfaces r\u00e9sulte d\u2019une s\u00e9rie d\u2019ivresses num\u00e9riques qui d\u00e9sorientent les visions, les propositions, et l\u2019analyse des enjeux. Nous proposons de montrer ici que le designer a int\u00e9r\u00eat \u00e0 se d\u00e9tacher de ces pens\u00e9es et pratiques conform(ist)es et en continuit\u00e9, pour adopter des d\u00e9marches disruptives issues d\u2019une pens\u00e9e qui l\u2019est tout autant. Il y a dans l\u2019attachement aux interfaces et aux interactions associ\u00e9es, un d\u00e9sir de contr\u00f4le qui est un barrage au nouveau design \u00e0 na\u00eetre, le design relationnel. Les objets de demain auront des relations avec nous, et elles seront bien plus importantes que leurs fonctionnalit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>&lt; ABSTRACT &gt;<\/strong><br \/>\nThis article aims at making a critical analysis on a dominant way of thought in the so\u2010called \u201cdigital\u201d design field that would characterize the latter as systematically bearing interfaces. This diktat of interfaces is the result of a series of digital euphoria, disorienting the visions, the propositions and the analyses of what is at stake. We want to show here that the designer should free himself from these conformist and continuous thoughts and practices, and choose disruptive approaches resulting from as disruptive a way of thinking. This attachment to interfaces, and to the associated interactions, shows an eagerness to control, which prevents a new design from developing \u2010 relational design. Tomorrow&rsquo;s objects will have relations with us, which will be much more important than their functionalities.<\/p>\n<ol>\n<li><b>\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>La victoire de l\u2019interface ? <\/b><\/li>\n<\/ol>\n<p>L\u2019appel \u00e0 communication de ce premier num\u00e9ro de la revue <i>Interfaces num\u00e9riques, <\/i>et qui a pour titre \u00ab de l\u2019interactivit\u00e9 aux interaction(s) m\u00e9diatrice(s) \u00bb commence par exploiter une citation d\u2019un ouvrage r\u00e9cent, celui de St\u00e9phane Vial (2010) \u00e0 propos de l\u2019interactivit\u00e9 comme sp\u00e9cificit\u00e9 des objets num\u00e9riques. St\u00e9phane Vial d\u00e9crit ces derniers comme objets \u00ab interactifs produits dans des mati\u00e8res informatis\u00e9es et organis\u00e9s autour d\u2019une interface \u00bb. Cette citation semble poser comme acquise et partag\u00e9e une conception qui ferait consensus et \u00e0 partir de laquelle le d\u00e9bat et la recherche pourraient ensuite se d\u00e9ployer. Cette id\u00e9e consensuelle est celle de l\u2019interface comme condition n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019existence de l\u2019interactivit\u00e9 et par extension des interactions.<\/p>\n<p>De fait, tout le texte de l\u2019appel \u00e0 communication se construit ensuite sur cette id\u00e9e \u00ab acquise \u00bb \u2013 qui en devient une id\u00e9e \u00ab re\u00e7ue \u00bb \u2013 qui structure non seulement toute r\u00e9flexion, mais aussi toute production de designer : qu\u2019on se le dise, et m\u00eame que l\u2019on s\u2019en convainque ! \u2013 le designer num\u00e9rique est un designer d\u2019interface, et vice versa.<\/p>\n<p>Or, il existe une autre \u00e9cole qui se refuse \u00e0 penser cette confusion comme fondatrice du design num\u00e9rique (d\u00e9nomination qui nous d\u00e9pla\u00eet aussi \u00e0 plus d\u2019un titre, mais chaque chose en son temps), une \u00e9cole de pens\u00e9e qui, en s\u2019inscrivant \u00e0 la fois dans la perspective historique de l\u2019informatique et du design, affirme que si l\u2019interface s\u2019est impos\u00e9e longtemps comme une figure n\u00e9cessaire sinon naturelle, elle est en passe de dispara\u00eetre, non pas en tant qu\u2019elle deviendrait invisible, mais parce qu\u2019elle serait inutile sinon contradictoire \u00e0 l\u2019objet auquel elle serait rattach\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette \u00e9cole de pens\u00e9e, repr\u00e9sent\u00e9e ici par les auteurs de cet article, s\u2019est donn\u00e9 un nom : le <i>Living Design. <\/i>Et c\u2019est ce qui fonde cette pens\u00e9e, Demain le design : de l\u2019interaction \u00e0 la relation &lt; 37 &gt; en termes de vision, de m\u00e9thodologie et \u2013 disons le mot \u2013 de philosophie que nous nous proposons d\u2019exposer ici.<\/p>\n<p><b><i>Petite remise en perspective historique <\/i><\/b><\/p>\n<p>Les premiers objets num\u00e9riques ont \u00e9t\u00e9 les ordinateurs, et ils sont encore aujourd\u2019hui les plus nombreux. Objets mat\u00e9riels, ils ont toujours \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s de leurs fant\u00f4mes immat\u00e9riels num\u00e9riques que sont les programmes. Si leur taille a chang\u00e9, s\u2019ils ont aujourd\u2019hui de nombreux avatars (consoles de jeux, Smartphones, internet box, etc.), leur nature n\u2019a en rien fondamentalement chang\u00e9 : ils restent des machines de Turing, avalant inlassablement leurs litanies de signes, et en \u00e9crivant tout aussi inlassablement de nouvelles.<\/p>\n<p>Mais s\u2019ils n\u2019ont en rien chang\u00e9 structurellement, il est clair que les exp\u00e9riences qu\u2019ils permettent ont chang\u00e9 de nature, de fr\u00e9quence, d\u2019intensit\u00e9. Ces changements sont n\u00e9s de trois ph\u00e9nom\u00e8nes conjoints, sinon corr\u00e9l\u00e9s :<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019invention du micro\u2010ordinateur, et de son champion le PC ;<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 l\u2019apparition de nouveaux paradigmes et modalit\u00e9s de dialogue ;<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la num\u00e9risation de tout l\u2019environnement humain.<\/p>\n<p>Avant le PC, les syst\u00e8mes informatiques commercialis\u00e9s \u00e9taient con\u00e7us par des informaticiens pour des informaticiens. Les ing\u00e9nieurs d\u2019IBM, de Burroughs, de la CII ne travaillaient que pour les informaticiens des minist\u00e8res, des banques, ou des assurances. Appartenant \u00e0 la m\u00eame secte, parlant le m\u00eame langage, ils \u00e9taient tous \u00e0 l\u2019aise dans un univers ferm\u00e9, occulte, abscons, et pour tout dire fascinant pour le reste des mortels qui en \u00e9taient exclus. Il n\u2019\u00e9tait pas besoin de travailler sur le dialogue homme\u2010machine, non seulement parce que les modalit\u00e9s de dialogues \u00e9taient tr\u00e8s limit\u00e9es sur ces syst\u00e8mes commercialis\u00e9s, mais aussi parce que les concepteurs et les utilisateurs \u00e9taient \u00ab entre eux \u00bb, et formaient de fait une tr\u00e8s petite communaut\u00e9, jalouse et fi\u00e8re de ses secrets, et aucunement prompte \u00e0 les partager avec le vulgaire (qui en aurait fait quoi d\u2019ailleurs ?).<\/p>\n<p>L\u2019apparition du PC va s\u2019av\u00e9rer \u00eatre l\u2019acte fondateur du d\u00e9ploiement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 totalement informatis\u00e9e, non seulement parce que le PC \u00a0est un objet technique ouvert, peu co\u00fbteux et clonable \u00e0 merci (remercions d\u2019ailleurs ici IBM pour son manque de clairvoyance qui se r\u00e9v\u00e9la apr\u00e8s coup un vrai cadeau \u00e0 l\u2019humanit\u00e9) mais surtout parce qu\u2019il s\u2019adresse tout d\u2019un coup \u00e0 une autre communaut\u00e9 que celle des informaticiens dont il induit la naissance : les utilisateurs !<\/p>\n<p>Cela change \u00e9videmment tout. Parce que les utilisateurs sont maintenant les clients (ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas avant). Parce qu\u2019ils n\u2019ont aucune raison de se voir imposer les paradigmes et les pratiques des informaticiens. Parce qu\u2019ils sont exigeants, et qu\u2019ils ont le choix. Parce qu\u2019ils sont de plus en plus nombreux. Voil\u00e0 quelques param\u00e8tres darwiniens qui expliquent pourquoi la pression s\u00e9lective a contribu\u00e9 \u00e0 faire appara\u00eetre des nouvelles exp\u00e9riences utilisateurs, et partant des nouvelles modalit\u00e9s de dialogue homme\u2010machine. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 sur le march\u00e9 du PC s\u2019est d\u2019ailleurs exactement reproduit, \u00e0 une vitesse finalement identique, sur celui du mobile.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, et en corr\u00e9lation, de nouveaux paradigmes comme de nouvelles modalit\u00e9s de dialogue homme\u2010machine<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> s\u2019imposent assez rapidement, m\u00eame s\u2019ils \u00e9taient n\u00e9s bien souvent avant l\u2019apparition de l\u2019informatique grand public, et qu\u2019ils soient :<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 immat\u00e9riels : WYSIWYG, m\u00e9taphore du bureau, icones, menus d\u00e9roulants, etc. ;<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 mat\u00e9riels : souris, trackball, joystick, \u00e9cran tactile, etc.<\/p>\n<p>Ces paradigmes, ces modalit\u00e9s se sont impos\u00e9s au point de faire consensus et de d\u00e9finir de fait un mod\u00e8le \u00ab standard \u00bb, qui s\u2019instancie tout ou partie dans n\u2019importe quel avatar de l\u2019ordinateur (mobile, Smartphone, Net box, t\u00e9l\u00e9vision HD, console, appareil photo, etc.).<\/p>\n<p>Cette g\u00e9n\u00e9ralisation du \u00ab mod\u00e8le standard \u00bb, s\u2019appuie sur, autant qu\u2019il contribue au troisi\u00e8me et dernier ph\u00e9nom\u00e8ne dont nous voulons parler ici : la num\u00e9risation de tout l\u2019environnement humain.<\/p>\n<p>. Aboutissement d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne n\u00e9 avec le PC, renforc\u00e9 par les consoles de jeux, poursuivi avec l\u2019internet, popularis\u00e9 par le mobile, la num\u00e9risation est en passe de se g\u00e9n\u00e9raliser et de s\u2019imposer au monde entier, et infiltrera \u00e0 terme l\u2019ensemble des exp\u00e9riences humaines.<\/p>\n<p>Pas un objet, un lieu, un moment, une exp\u00e9rience \u2013 personnelle ou professionnelle \u2013 qui ne sera suivie, accompagn\u00e9e, produite, sinon induite, par des technologies num\u00e9riques. Cette informatique invisible (cf. Weiser, 1991) sans couture, tr\u00e8s p\u00e9dagogiquement d\u00e9crite par Adam Greenfield (2007) s\u2019appuie sur deux avanc\u00e9es technologiques :<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la g\u00e9n\u00e9ralisation des capteurs dans l\u2019environnement humain, et l\u2019exploitation de leurs donn\u00e9es ;<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la mise en r\u00e9seau de tous les objets num\u00e9riques (internet des objets).<\/p>\n<p>Ce bain num\u00e9rique, cet \u00e9ther digital est pens\u00e9 comme le milieu naturel des interfaces du mod\u00e8le standard, mais aussi de ses m\u00e9tamorphoses induites par des nouvelles technologies et algorithmes comme l\u2019analyse d\u2019images permettant la reconnaissance des visages, des gestes, des attitudes et des sc\u00e8nes.<\/p>\n<p>Cette digitalisation ultime semble sceller d\u00e9finitivement la victoire des \u00ab utilisateurs \u00bb et introniser en gloire la notion d\u2019interface, dont toutes les instances sont alors au service d\u2019un <i>Homo Numericus <\/i>ivre d\u2019une ma\u00eetrise \u2013 fantasm\u00e9e ou r\u00e9elle \u2013 de son environnement quotidien, et par extension, de sa destin\u00e9e. Et c\u2019est bien cette ivresse, partag\u00e9e nous le pensons par les designers eux\u2010m\u00eames, que nous proposons de diss\u00e9quer maintenant, pour en d\u00e9montrer les limites et l\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9 \u00e0 vouloir s\u2019\u00e9riger en monument incontournable.<\/p>\n<ol>\n<li><b>2.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>Ivresses num\u00e9riques <\/b><\/li>\n<\/ol>\n<p>C\u2019est souvent la d\u00e9sorientation qui caract\u00e9rise les situations d\u2019ivresse, et \u00eatre d\u00e9sorient\u00e9 c\u2019est n\u2019\u00eatre plus capable de diff\u00e9rencier les voies et les chemins qui nous ram\u00e8nent chez nous. Le \u00ab chez nous \u00bb dont nous parlons ici \u00e9tant le futur, il y a donc une certaine urgence \u00e0 ne pas se tromper de chemin, au risque de tourner en rond et \u00e0 graviter en \u00a0permanence autour de concepts p\u00e9riph\u00e9riques, comme la phal\u00e8ne autour du fanal. Quels sont ces concepts ?<\/p>\n<p><i>Le premier d\u2019entre eux est le <b>contenu <\/b><\/i><\/p>\n<p>La mont\u00e9e en puissance du web et de ses avatars, sa capacit\u00e9 \u00e0 diffuser, manipuler, cr\u00e9er non seulement toutes les formes de contenus possibles (textes, images fixes, images anim\u00e9es, son, vid\u00e9o, vid\u00e9o 3D, odeurs, haptique, et donc \u00e0 terme des exp\u00e9riences immersives), mais aussi une quantit\u00e9 croissante de services associ\u00e9s (utiles, innovants, \u00e9tranges ou dr\u00f4les) feraient du contenu la condition comme la fin de l\u2019exp\u00e9rience num\u00e9rique. Tout ou presque se r\u00e9sumerait ainsi \u00e0 des services autour de contenus, contenus destin\u00e9s par d\u00e9finition \u00e0 \u00eatre consomm\u00e9s par leurs destinataires, quand ils ne sont \u00e9videmment pas cr\u00e9\u00e9s par des destinateurs. Produire et\/ou consommer (du contenu) serait alors un des actes majeurs de l\u2019homme num\u00e9rique. Nous contestons ce point de vue, et consid\u00e9rons cette fixation sur le contenu comme \u00e9minemment r\u00e9ductrice. Pour importants que soient les contenus, leur digitalisation et celle des services associ\u00e9s restent en continuit\u00e9 avec nos exp\u00e9riences pass\u00e9es (celle du livre, de la radio, du cin\u00e9ma, de la t\u00e9l\u00e9vision) et ne n\u00e9cessitent pas de notre part \u2013 designers ou utilisateurs \u2013 de ruptures conceptuelles majeures.<\/p>\n<p><i>Le deuxi\u00e8me de ces concepts est <b>l\u2019\u00e9cran <\/b><\/i><\/p>\n<p>Cet objet fascine au point que tous les imaginaires y voient la porte incontournable vers toutes les exp\u00e9riences num\u00e9riques. Qu\u2019un op\u00e9rateur Telecom cherche \u00e0 imaginer le futur des hommes (souvent celui de son m\u00e9tier plut\u00f4t) et voil\u00e0 qu\u2019il peuple les espaces humains \u2013 priv\u00e9s, publics, professionnels \u2013 d\u2019un nombre infini d\u2019\u00e9crans. Ce d\u00e9lire multiplicateur d\u2019\u00e9crans est \u00e9videmment en relation directe avec la fascination pour le contenu et de son incontournabilit\u00e9. Puisque le contenu et son petit fr\u00e8re le service sont la condition comme la fin de l\u2019exp\u00e9rience, il faut mettre \u00e0 disposition des humains le p\u00e9riph\u00e9rique pour le d\u00e9livrer n\u2019importe o\u00f9, n\u2019importe quand et \u00e0 n\u2019importe qui. Et ce p\u00e9riph\u00e9rique, c\u2019est l\u2019\u00e9cran : sur le mur de chaque pi\u00e8ce, nos plafonds, nos planchers, sur nos Smartphones, sur notre \u00e9lectrom\u00e9nager et nos lunettes, sur nos immeubles et nos vitrines\u2026 Il y a pour l\u2019\u00e9cran une fascination comparable \u00e0 celle qu\u2019avaient nos (grands) p\u00e8res pour la carte perfor\u00e9e dans les ann\u00e9es 1950, cartes qui peuplaient tous les imaginaires de SF au cin\u00e9ma. Nous contestons aussi cette fascination pour un \u00e9cran qui serait l\u2019avatar physique du contenu (le media est le message !), persuad\u00e9s au contraire que tout se joue ailleurs, et que les promesses des nouvelles technologies vont s\u2019exaucer dans cet ailleurs.<\/p>\n<p><i>Le troisi\u00e8me concept est <b>la connexion <\/b><\/i><\/p>\n<p>Avec l\u2019internet c\u2019est la victoire de la communication \u2013 et en fait de son expression hypermoderne \u00ab la connexion \u00bb \u2013 qui semble acquise et assise. Il semble impossible aujourd\u2019hui de ne pas int\u00e9grer le fait d\u2019\u00eatre soi\u2010m\u00eame connect\u00e9 \u2013 quand ce n\u2019est pas de connecter les objets entre eux \u2013 comme l\u2019un des nouveaux param\u00e8tres de l\u2019exp\u00e9rience num\u00e9rique humaine. Notre futur sera donc \u00ab connect\u00e9, forc\u00e9ment connect\u00e9 \u00bb, et peu de services, de syst\u00e8mes et d\u2019objets pourront \u00e9chapper longtemps \u00e0 cette n\u00e9cessit\u00e9. Cette caract\u00e9ristique semble donc \u00eatre, elle aussi, le passage oblig\u00e9 de nos conceptions et de nos exp\u00e9riences. Nous voulons relever le danger de cette posture, non pas qu\u2019elle ne soit pas porteuse en elle\u2010m\u00eame de promesses de services infinies, mais en ce qu\u2019elle contraint l\u2019imagination \u00e0 penser \u00e0 partir de ces termes, l\u2019enfermant ainsi en une pens\u00e9e fonctionnelle et utilitaire, et donc en se d\u00e9tournant des enjeux de relation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><i>Le quatri\u00e8me concept est <b>l\u2019immat\u00e9rialit\u00e9 <\/b><\/i><\/p>\n<p>On a essay\u00e9, et on continue d\u2019essayer de nous faire croire que l\u2019horizon ultime de l\u2019exp\u00e9rience humaine se trouverait justement derri\u00e8re ces \u00e9crans, comme derri\u00e8re le miroir d\u2019Alice. Que les exp\u00e9riences les plus belles, les plus folles, les plus utiles, les plus insolites se joueraient au travers des r\u00e9seaux sociaux, dans une socialit\u00e9 d\u00e9sincarn\u00e9e et sans contact physique, dans une seconde vie, extension immat\u00e9rielle de la notre, mais tellement plus belle, tellement plus forte. <i>Second life is a second chance, and may be the last one ! <\/i>pourraient clamer les proph\u00e8tes de cette interactivit\u00e9 sans corps. En corr\u00e9lation totale avec la fascination des \u00e9crans, cette volont\u00e9 d\u2019effacer le corps au profit d\u2019une exp\u00e9rience plus abstraite ne n\u00e9cessitant plus forc\u00e9ment d\u2019engagement de l\u2019ensemble de la machine humaine (mon corps, le corps des autres, les objets, l\u2019espace) ressemble \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 une affirmation quasi religieuse d\u2019une promesse d\u2019un au\u2010del\u00e0 meilleur : jamais dans ce monde vous n\u2019acc\u00e9derez \u00e0 la pl\u00e9nitude de l\u2019exp\u00e9rience, celle\u2010ci n\u2019est possible qu\u2019au\u2010del\u00e0 de l\u2019\u00e9cran, et en tous cas sans qu\u2019il soit besoin de votre corps et de ce monde mat\u00e9riel. On serait tent\u00e9 de finir par un \u00ab Amen \u00bb sonore tant on retrouve l\u00e0 une vision proche des concepts jud\u00e9o\u2010chr\u00e9tiens primitifs, qui ont fa\u00e7onn\u00e9 si profond\u00e9ment les rapports au monde d\u2019une grande partie de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p><i>Le cinqui\u00e8me et dernier concept est \u00e9videmment celui <b>d\u2019interface <\/b><\/i><\/p>\n<p>\u00c0 lui seul, il contient et r\u00e9sume \u00e0 bien des \u00e9gards les quatre premiers. Des <i>contenus<\/i>, d\u00e9livr\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019<i>\u00e9crans<\/i>, nous permettent d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des exp\u00e9riences <i>immat\u00e9rielles <\/i>et <i>connect\u00e9es <\/i>au travers <i>d\u2019interfaces<a title=\"\" href=\"#_ftn2\"><b>[2]<\/b><\/a><\/i>. Hors de l\u2019interface, point de salut (pour reprendre nos m\u00e9taphores religieuses) ! L\u2019interface repr\u00e9sente alors le point d\u2019entr\u00e9e, de contact, de d\u00e9clenchement, de contr\u00f4le, de sortie de l\u2019exp\u00e9rience interactive. Elle en est l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga. Puisque deux mondes existent et qu\u2019il faut passer de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre \u2013 ou souvent, plut\u00f4t, se projeter de l\u2019un dans l\u2019autre \u2013 il faudrait bien passer par ce m\u00e9canisme de l\u2019interface. Une interface n\u2019est\u2010elle d\u2019ailleurs pas, par d\u00e9finition, la surface r\u00e9sultant de la mise en contact de deux milieux diff\u00e9rents ? Nous pensons que ce concept est \u00e0 la fois r\u00e9ducteur et st\u00e9rile. V\u00e9ritable oeill\u00e8re intellectuelle, il interdit de fait toute conception d\u2019exp\u00e9riences o\u00f9 il serait absent. Castrateur cr\u00e9atif, il interdit d\u2019imaginer et de sortir des cat\u00e9gories associ\u00e9es s\u2019imposant en monument autoritaire au designer.<\/p>\n<ol>\n<li><b>3.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>Demain le design <\/b><\/li>\n<\/ol>\n<p><b><i>3.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/b><b><i>Sortir du contr\u00f4le <\/i><\/b><\/p>\n<p>Consubstantiellement li\u00e9 au concept d\u2019interface se trouve le concept de <b>contr\u00f4le<\/b>. Constante anthropologique, ce concept vient de loin puisqu\u2019il s\u2019inscrit dans l\u2019histoire de l\u2019hominisation lue comme un processus de ma\u00eetrise du monde au travers de l\u2019outil comme extension du corps et de mat\u00e9rialisation du savoir (Leroi\u2010Gourhan, Stiegler). L\u2019outil peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme de la mati\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e servant des intentions. Il y a de fait de la t\u00e9l\u00e9ologie dans l\u2019outil. Atteindre un but, servir une intention \u00e0 l\u2019aide d\u2019un outil \u2013 quel qu\u2019il soit \u2013 n\u00e9cessite d\u2019ajuster ces actions en permanence \u00e0 partir de lecture d\u2019information, directe ou r\u00e9troactive. Les interfaces n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 ce sch\u00e9ma dans la mesure o\u00f9 elles peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des collections et collaborations d\u2019instances de la cat\u00e9gorie du levier<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> (dont tous les \u00e9l\u00e9ments de contr\u00f4le d\u2019un artefact humain rel\u00e8vent : boutons, manches, manettes\u2026), et d\u2019instruments et de modalit\u00e9s de lecture\/mesure des situations comme des actions men\u00e9es \u00e0 travers elles. La chose est claire : l\u2019interface est un instrument de contr\u00f4le, de pilotage.<\/p>\n<p>Du levier \u00e0 l\u2019interface, il y a donc une forme de continuit\u00e9 dans la production des outils humains, malgr\u00e9 les r\u00e9volutions techniques (puis technologiques avec l\u2019arriv\u00e9e de la pens\u00e9e scientifique) qui, si elle change le degr\u00e9 d\u2019interaction avec le monde \u2013 et notamment avec le monde artificialis\u00e9 \u2013 n\u2019en change pas la nature. La volont\u00e9 de contr\u00f4le et de pilotage reste centrale, et la relation \u00e0 l\u2019objet de l\u2019interface (ce qui motive son d\u00e9ploiement) reste une relation t\u00e9l\u00e9ologique, et en tout cas de servitude \u00e0 un besoin ou \u00e0 un objectif. La cybern\u00e9tique est n\u00e9e de ce projet puisqu\u2019\u00e9tymologiquement elle signifie la science du pilotage, et sa m\u00e9tamorphose industrielle qu\u2019est l\u2019informatique ne s\u2019en est pas beaucoup \u00e9loign\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette asym\u00e9trie relationnelle que repr\u00e9sente l\u2019asservissement de l\u2019objet via son interface est ce que nous nous refusons \u00e0 admettre comme incontournable. Le poser comme postulat implique une grille de lecture du monde qui nous semble ignorer les potentialit\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente o\u00f9 les objets changeront de statut, si ce n\u2019est de destin, parce qu\u2019ils seront avec nous dans une relation en dehors de cette asym\u00e9trie.<\/p>\n<p>C\u2019est donc pour nous le changement de <b>nature <\/b>de la relation qui nous semble au coeur des enjeux du \u00ab num\u00e9rique \u00bb, que ce soit en termes d\u2019anticipation, de recherche ou de cr\u00e9ativit\u00e9, qu\u2019une d\u00e9marche IHM est incapable de provoquer parce qu\u2019en continuit\u00e9, mais qu\u2019une nouvelle d\u00e9marche (le Living Design) doit permettre d\u2019approcher.<\/p>\n<p><b><i>3.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/b><b><i>Une v\u00e9ritable rupture <\/i><\/b><\/p>\n<p>Maintenant d\u00e9gris\u00e9s, maintenant que nous ne voyons plus le futur au travers des prismes oblig\u00e9s des contenus, des m\u00e9dias, de la connexion, de l\u2019immat\u00e9riel et des interfaces, comment faisons\u2010nous face \u00e0 ce vide conceptuel, et en quoi ce vide est selon nous porteur de fantastiques opportunit\u00e9s non seulement pour les designers, mais aussi et surtout pour les \u00eatres humains de demain ?<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, il nous faut d\u2019abord exprimer une hypoth\u00e8se pour le futur, non pas tant pour faire \u0153uvre de proph\u00e8te (car cette hypoth\u00e8se a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9e et partag\u00e9e), mais bien plut\u00f4t pour cr\u00e9er une tension n\u00e9cessaire au d\u00e9clenchement d\u2019une dynamique de pens\u00e9e originale et cr\u00e9ative.<\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se c\u2019est que le moindre objet, le moindre lieu, le moindre moment et donc la moindre situation humaine contiendront des capteurs, des processeurs, des logiciels, de l\u2019intelligence artificielle, des mat\u00e9riaux r\u00e9actifs, et des actuateurs. Cette hypoth\u00e8se a plusieurs cons\u00e9quences importantes.<\/p>\n<p><i>3.2.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><i>Vers les robjets <\/i><\/p>\n<p>Nous postulons d\u2019abord que les \u00ab objets \u00bb de demain, et donc les espaces qu\u2019ils d\u00e9finiront, seront capables de percevoir leur environnement, d\u2019en avoir une repr\u00e9sentation, de prendre des d\u00e9cisions, et d\u2019agir. Des objets autonomes, \u00e0 l\u2019\u00e9coute, agissants, et pourquoi pas apprenants ? Nous avons l\u00e0 la d\u00e9finition exacte du robot ! Et c\u2019est pourquoi nous avons propos\u00e9 d\u00e8s 2008 le n\u00e9ologisme de \u00ab robjet<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>\u00bb \u2013 n\u00e9 de la contraction de robot et d\u2019objet \u2013 lors d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 la Cit\u00e9 des Sciences et de l\u2019Industrie dans le contexte du projet RoboCit\u00e9 pilot\u00e9 par la FING<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Ces objets peuvent objectivement \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des robots.<\/p>\n<p>La capacit\u00e9 de prendre des initiatives est au c\u0153ur de cette hypoth\u00e8se, et on peut d\u00e9j\u00e0 entrevoir en quoi cette capacit\u00e9 remet fondamentalement en cause le concept d\u2019interface. La question du contr\u00f4le n\u2019est en effet plus au c\u0153ur de l\u2019usage du robjet. Celui\u2010ci \u00e9tant capable de percevoir son environnement (l\u2019humain en faisant partie), de prendre des d\u00e9cisions et d\u2019agir de mani\u00e8re autonome, il n\u2019y aucune raison d\u2019agir sur son fonctionnement, mieux sur son comportement, autrement qu\u2019en vivant, tout simplement.<\/p>\n<p><i>3.2.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><i>Le retour de la mati\u00e8re et du corps <\/i><\/p>\n<p>Nous affirmons ensuite que cette hypoth\u00e8se implique le retour de la mati\u00e8re dans le design dit \u00ab num\u00e9rique \u00bb. L\u2019int\u00e9gration non ostentatoire des technologies robotiques dans les objets et les situations de vie permet de faire de la mati\u00e8re et de l\u2019espace le support et le lieu de l\u2019exp\u00e9rience num\u00e9rique. En devenant invisible, ou au pire secondaire, la technologie laisse la place \u00e0 nouveau aux formes, aux textures, mais aussi \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience sensible de celle\u2010ci : chaleur, odeur, mouvement, lumi\u00e8re, sont \u00e0 nouveau au rendez\u2010vous.<\/p>\n<p>Ce retour de la mati\u00e8re et de son appr\u00e9hension sensible signifie aussi le retour du corps dans les conditions de l\u2019exp\u00e9rience et de l\u2019usage num\u00e9rique. Quand nous parlons de corps, nous parlons du corps sensible, du corps pensant, du corps communiquant, du corps situ\u00e9. Longtemps, comme nous l\u2019avons implicitement dit pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019exp\u00e9rience num\u00e9rique a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019essentiel une exp\u00e9rience abstraite, cognitive, m\u00eame si les \u00e9motions n\u2019\u00e9taient pas absentes, loin de l\u00e0, dans certaines de ces exp\u00e9riences (notamment dans les jeux vid\u00e9os, ou les installations interactives), et m\u00eame si des techniques immersives (visuelles et haptiques) peuvent donner l\u2019illusion d\u2019une exp\u00e9rience situ\u00e9e. Plus d\u2019illusions ici, plus de leurres haptiques, mais des situations r\u00e9elles et situ\u00e9es.<\/p>\n<p>Ceci est une excellente nouvelle pour les designers du monde, absolument tous ! Si le design interactif \u00ab sous ivresse \u00bb se confine essentiellement \u00e0 la quadruplette \u00ab contenus\/m\u00e9dia\/communication\/ interface \u00bb, il exclut de fait une tr\u00e8s grande partie des designers qui s\u2019en sentent \u00e9loign\u00e9s. \u00c0 l\u2019inverse, l\u2019invisibilit\u00e9 de la technologie, son invasion de la mati\u00e8re, la disparition des \u00e9crans, la dissolution des interfaces et la r\u00e9apparition du corps leur laissent \u00e0 nouveau le champ libre, pour peu qu\u2019ils se dotent d\u2019une nouvelle forme de pens\u00e9e cr\u00e9ative, et qu\u2019ils abandonnent une technophobie irrationnelle qui serait n\u00e9e de leur exclusion.<\/p>\n<p><b><i>3.3.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/b><b><i>De la fonction au comportement <\/i><\/b><\/p>\n<p>L\u2019autre grande cons\u00e9quence de la rupture paradigmatique induite par l\u2019hypoth\u00e8se \u00ab robjet \u00bb est la mani\u00e8re dont l\u2019objet est pens\u00e9 par le designer, et per\u00e7u par son b\u00e9n\u00e9ficiaire (nous \u00e9vitons intentionnellement le mot \u00ab utilisateur \u00bb ou \u00ab usager \u00bb, pour des raisons que le lecteur comprendra tr\u00e8s vite).<\/p>\n<p>Longtemps, l\u2019objet a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u et vu comme porteur de fonctionnalit\u00e9s. La fonction pouvait m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le pont entre les points de vue du designer et de l\u2019utilisateur. Le design en tant que discipline a m\u00eame \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9 (Loos, 2003) autour du lien entre forme et fonction. C\u2019est le fonctionnalisme qui lie (et limite !) de mani\u00e8re stricte la forme des objets et leurs usages, la premi\u00e8re \u00e9tant exclusivement au service des seconds. Dans le design d\u2019interface, ce lien s\u2019est \u00e9videmment et \u00e0 juste titre exprim\u00e9, notamment dans les approches d\u2019ergonomie cognitive. C\u2019est \u00e0 cette aune que l\u2019on peut mesurer la qualit\u00e9 d\u2019une interface : permettre d\u2019acc\u00e9der aux fonctionnalit\u00e9s de l\u2019objet ou du service au travers de m\u00e9canismes \u00ab formels \u00bb.<\/p>\n<p>Avec les robjets, la fonctionnalit\u00e9 dispara\u00eet ou n\u2019est que p\u00e9riph\u00e9rique dans la mesure o\u00f9 ce sont leurs <b>comportements <\/b>qui les caract\u00e9risent. Leur efficacit\u00e9 se mesurera de fait \u00e0 la pertinence de leur prise d\u2019initiative, cette pertinence ne pouvant pas se limiter \u00e0 la seule livraison de services. Cette pr\u00e9pond\u00e9rance des comportements a d\u2019immenses cons\u00e9quences, tant pour le designer du robjet que pour son b\u00e9n\u00e9ficiaire.<\/p>\n<p>Pour le designer, il ne s\u2019agit de rien d\u2019autre que d\u2019inventer le <b>design comportemental<\/b>. Si le designer est un penseur de syst\u00e8mes, et si ces syst\u00e8mes int\u00e8grent d\u00e9j\u00e0 des composants immat\u00e9riels, la dimension comportementale implique l\u2019acculturation \u00e0 de nouveaux savoirs (l\u2019IA essentiellement), la mise en place de nouvelles pratiques, la cr\u00e9ation de nouvelles m\u00e9thodes, et surtout le travail interdisciplinaire r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 avec des acteurs venus de nouveaux horizons comme des math\u00e9maticiens, des roboticiens, des sp\u00e9cialistes de l\u2019IA, des neuroscientifiques, des biologistes, et sans compter ceux avec qui il collabore d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00eatre humain que ces objets (et espaces) entourent de leur attention, c\u2019est une nouvelle forme d\u2019interaction qui va devoir se construire. Sans qu\u2019il soit besoin de pilotage, ils sont pourtant l\u00e0 pour lui et toutes leurs initiatives devraient \u00eatre \u00e0 son profit. Mieux, ils seront m\u00eame susceptibles de collaborer entre eux pour se faire, et d\u2019inventer des \u00ab protocoles \u00bb in\u00e9dits, v\u00e9ritables comportements collaboratifs (vertueux esp\u00e9rons\u2010le), \u00e0 la mani\u00e8re des syst\u00e8mes multi\u2010agents. Cette attention port\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00eatre humain par ces robjets va, pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de l\u2019homme, totalement remettre en cause et transfigurer son rapport au monde, puisque celui\u2010ci se fait pour sa plus grande part au moyen des artefacts.<\/p>\n<p><b>3.4.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b><i>De l\u2019interaction \u00e0 la relation : vers le <\/i><\/b><b>living design <\/b><\/p>\n<p>Si l\u2019on parcourt nos rapports avec les machines, on voit que nous sommes pass\u00e9s de leur simple contr\u00f4le \u2013 o\u00f9 l\u2019initiative est l\u2019apanage du seul op\u00e9rateur \u2013 , \u00e0 de l\u2019interactivit\u00e9 \u2013 o\u00f9 les initiatives sont partag\u00e9es mais o\u00f9 l\u2019atteinte d\u2019une fin motive l\u2019utilisateur \u2013 , pour finir demain sur une situation in\u00e9dite, celle d\u2019un monde partag\u00e9 par des hommes et des robjets, entre qui se construiraient des v\u00e9ritable relations, o\u00f9 des vies et des exp\u00e9riences se rencontreraient \u2013 celle des hommes comme celles des robjets \u2013 au fil desquelles des histoires communes \u00e9mergeraient, esp\u00e9rons\u2010le encore, heureuses.<\/p>\n<p>Design interactif, design d\u2019interaction, design num\u00e9rique, toutes ces d\u00e9nominations deviennent du coup caduques \u00e0 la lumi\u00e8re de la promesse de ces relations, qui formeraient alors le tissu de nos vies. Notre design serait donc un design relationnel, un design de la relation, un design de la vie. Ce nouveau design, ce <i>living design, <\/i>reste \u00e0 construire, en rupture avec tout ce qui l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Les d\u00e9fis pour se faire sont nombreux.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9fi est <b>conceptuel<\/b>. Il s\u2019agit pour le designer de se confronter vraiment \u00e0 la complexit\u00e9 : celle des technologies et des savoirs crois\u00e9s, celle de l\u2019architecture du syst\u00e8me des robjets, et celle du design comportemental (celui des robjets bien s\u00fbr, mais surtout celle du syst\u00e8me n\u00e9 de leur coop\u00e9ration, a priori impr\u00e9visible).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me d\u00e9fi est <b>m\u00e9thodologique<\/b>. Nous sommes en train de balbutier notre alphabet de la relation. Aucune m\u00e9thode, aucun outil de mod\u00e9lisation, aucun langage, aucun process n\u2019existe aujourd\u2019hui pour adresser de mani\u00e8re industrielle ce march\u00e9. Nous pouvons comparer la situation dans laquelle nous nous trouvons \u00e0 celle que connaissait l\u2019informatique lors de l\u2019irruption du PC. Alors que tout \u2013 langages, outils, m\u00e9thodes, formation \u2013 \u00e9tait taill\u00e9 pour un march\u00e9 domin\u00e9 par les gros syst\u00e8mes \u2013 les <i>mainframes <\/i>\u2013 le PC a repr\u00e9sent\u00e9 un espace de libert\u00e9 et de bricolage f\u00e9cond, productif, dont les acteurs ont d\u00fb tout r\u00e9inventer pour adresser les enjeux fondamentalement diff\u00e9rents de ce qui allait devenir un march\u00e9 de masse et changer la vie quotidienne des gens, petits en grands, grand public ou professionnel de mani\u00e8re r\u00e9volutionnaire et irr\u00e9versible. La comparaison est juste, nous allons conna\u00eetre un moment identique sur le syst\u00e8me des robjets. Le designer devra en \u00eatre une des chevilles ouvri\u00e8res.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me d\u00e9fi est <b>\u00e9thique<\/b>. La o\u00f9 la responsabilit\u00e9 du designer ne se posait que tr\u00e8s localement, dans sa participation \u00e0 la production d\u2019un syst\u00e8me d\u2019objets inertes et fonctionnels mais rarement impliqu\u00e9s dans des r\u00e9seaux de causalit\u00e9 ouvert, la prise d\u2019initiative des robjets, leur collaboration, leur interconnexion sont susceptibles de g\u00e9n\u00e9rer des effets insoup\u00e7onn\u00e9s et ind\u00e9sirables (comme la transparence de nos vies, la cr\u00e9ation de situations excluantes). Le designer ne pourra pas se laver les mains de ces probl\u00e8mes.<\/p>\n<p>Le quatri\u00e8me d\u00e9fi est <b>politique<\/b>. Puisqu\u2019il y a de forts enjeux \u00e9thiques dans le d\u00e9ploiement d\u2019un tel syst\u00e8me, qui fixera les r\u00e8gles du jeu, qui d\u00e9finira et mettra en place les organismes de r\u00e9gulation, et qui les contr\u00f4lera ? On peut craindre le pire du d\u00e9phasage d\u2019une classe politique qui peine \u00e0 anticiper et qui analyse le futur avec les outils du pass\u00e9, quand elle les analyse. Il faudra donc bien l\u2019\u00e9clairer, et quoi de mieux que des designers pour y participer, eux qui se trouvent au carrefour des usages.<\/p>\n<p>Le cinqui\u00e8me et dernier d\u00e9fi est d\u2019ordre <b>philosophique<\/b>. Deux questions essentielles et radicalement nouvelles viennent interpeller l\u2019homme \u00e0 l\u2019aube de l\u2019av\u00e8nement du robjet.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re c\u2019est la possibilit\u00e9 de ne plus \u00eatre jamais seuls. La compagnie des objets attentionn\u00e9s nous mettra peut\u2010\u00eatre dans la situation de n\u2019\u00eatre plus jamais s\u00e9par\u00e9s. La s\u00e9paration est \u00e0 la fois redout\u00e9e et n\u00e9cessaire, mais les conditions de sa mise en \u0153uvre, ou son impossibilit\u00e9 peuvent modifier significativement notre rapport au monde, \u00e0 nous\u2010m\u00eames et aux autres. Une \u00e9tude a \u00e9t\u00e9 faite sur le t\u00e9l\u00e9phone portable en ce sens<a title=\"\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, et il faudra de m\u00eame s\u2019interroger sur l\u2019impact du syst\u00e8me des robjets en ce sens.<\/p>\n<p>La seconde c\u2019est la possibilit\u00e9 de partager le monde avec des objets attentifs, attentionn\u00e9s, voire aimants, des objets qui seront v\u00e9cus comme \u2013 voire s\u2019ils ne le deviennent pas vraiment \u2013 nos pairs, nos \u00e9gaux. C\u2019est alors toute la question de l\u2019intelligence, de la raison, de la sensibilit\u00e9, et des conditions de son apparition, qui se trouveront pos\u00e9es. Qu\u2019est\u2010ce qui fait de nous des humains, et est\u2010ce que cela est partageable avec des objets dot\u00e9s de conscience ? Qu\u2019appelle\u2010t\u2010on alors l\u2019humanit\u00e9 ?<\/p>\n<ol>\n<li><b>4.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>Un exemple : le jardin des amours <\/b><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le terme de \u00ab living design \u00bb est n\u00e9 de discussions passionn\u00e9es et nombreuses entre l\u2019auteur de ces lignes et Florent Aziosmanoff, directeur de la cr\u00e9ation du Cube<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, Bien qu\u2019issus de parcours assez diff\u00e9rents (psychologie et arts pour Florent, math\u00e9matiques, informatique et intelligence artificielle pour l\u2019auteur) nous partageons compl\u00e8tement l\u2019analyse d\u00e9velopp\u00e9e dans cet article, m\u00eame si chacun place ces enjeux dans des espaces diff\u00e9rents, celui du discours artistique pour Florent, et celui du design pour notre part. Florent Aziosmanoff a th\u00e9oris\u00e9 cette approche dans un livre (Aziosmanoff, 2010). L\u00e0 o\u00f9 Florent Aziosmanoff se propose de cr\u00e9er du \u00ab living art \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire des \u0153uvres portant le discours d\u2019un auteur construit sur la prise d\u2019initiatives, nous nous proposons de concevoir des syst\u00e8mes d\u2019objets porteurs d\u2019usages et de bien \u00eatre. C\u2019est notre seule diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>Conscient de la n\u00e9cessit\u00e9 de partager nos analyses avec le plus grand nombre, il nous a sembl\u00e9 n\u00e9cessaire de les illustrer au moyen d\u2019un syst\u00e8me porteur des deux ambitions, artistiques et design. C\u2019est pourquoi nous avons mont\u00e9 un consortium (Strate Coll\u00e8ge, Le Cube le CRIIF<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>), pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel \u00e0 prototypes technologiques lanc\u00e9 en juin 2010 par le Conseil r\u00e9gional d\u2019\u00cele\u2010de\u2010France, et port\u00e9 par le P\u00f4le de comp\u00e9titivit\u00e9 Cap Digital, en vue d\u2019une d\u00e9monstration lors de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u00ab Futurs en Seine<a title=\"\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a> \u00bb avec le projet \u00ab Le Jardin des Amours<a title=\"\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a> \u00bb.<\/p>\n<p><b><i>4.1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/b><b><i>Un syst\u00e8me de mobiliers intelligents <\/i><\/b><\/p>\n<p>Le jardin des amours est un ensemble de mobiliers urbains robotis\u00e9s \u2013 une poubelle, un luminaire, un banc \u2013 autonomes et mobiles, capables d\u2019\u00e9voluer librement, de se placer l\u00e0 o\u00f9 le public en a besoin, et permettant par ailleurs de d\u00e9livrer des services num\u00e9riques multiples.<\/p>\n<p>Capables de percevoir leur environnement gr\u00e2ce \u00e0 des capteurs de distances, de pr\u00e9sence, et de cam\u00e9ra, les mobiliers disposent aussi de la capacit\u00e9 de s\u2019exprimer par leurs mouvements, mais \u00e9galement leurs lumi\u00e8res (LEDS) et leurs musiques.<\/p>\n<p>Les mobiliers peuvent en permanence se r\u00e9partir dans l\u2019espace d\u2019une mani\u00e8re optimale pour apporter le meilleur service aux usagers. Vivant au gr\u00e9 des relations avec ceux\u2010ci, ils se disposent l\u00e0 o\u00f9 le public les attend, anticipant m\u00eame au fil du temps les habitudes du lieu, s\u2019\u00e9cartant aux temps des circulations de pointe, se dispersant aux moments tranquilles, s\u2019orientant au soleil les jours de fra\u00eecheur, cherchant l\u2019ombre en pleine chaleur. Chaque mobilier est porteur de services propres : le banc dispose d\u2019un \u00e9cran tactile permettant de jouer ou d\u2019acc\u00e9der \u00e0 des services. Le luminaire apporte ombre ou lumi\u00e8re ; la poubelle piste les papiers, et est capable de vous sermonner si vous laissez tomber un papier.<\/p>\n<p>Si chacun des objets a sa propre personnalit\u00e9 et peut agir de fa\u00e7on autonome, ils sont aussi amen\u00e9s \u00e0 collaborer et \u00e0 offrir des services compl\u00e9mentaires. Ainsi, alors que deux personnes sont assises sur le banc, peut\u2010\u00eatre en train de jouer aux dames avec l\u2019\u00e9cran tactile int\u00e9gr\u00e9, le luminaire peut d\u00e9tecter leur pr\u00e9sence (reconnaissance de visage, avec sa cam\u00e9ra). Il peut alors s\u2019approcher et proposer de faire une photo de ce moment partag\u00e9. En cas de r\u00e9ponses orales positives, la photo est prise, envoy\u00e9e \u00e0 la poubelle, qui s\u2019approche alors du banc, pour la d\u00e9livrer, comme en tirant la langue !<\/p>\n<p><b><i>4.2.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/i><\/b><b><i>Les robots et Marivaux <\/i><\/b><\/p>\n<p>Imagin\u00e9 par Florent Aziosmanoff d\u00e8s 2001, alors que les technologies n\u2019\u00e9taient pas vraiment abordables, l\u2019objectif du jardin des amours \u00e9tait d\u2019investir la fonction dramatique des \u00e9changes avec le public et donner un sens clair \u00e0 la relation \u00e9tablie entre les mobiliers et le public.<\/p>\n<p>L\u2019objectif \u00e9tant surtout de mettre en sc\u00e8ne les enjeux relationnels entre l\u2019homme et ces futurs robjets, il \u00e9tait absolument n\u00e9cessaire que ceux\u2010ci aient d\u2019abord des relations entre eux, particuli\u00e8rement au moment o\u00f9 l\u2019on ne se sert pas d\u2019eux. Florent Aziosmanoff a alors choisi de travailler sur les enjeux du th\u00e9\u00e2tre de Marivaux, dans la mesure o\u00f9 celui\u2010ci a su, mieux que quiconque parler avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de ce qui fonde les relations humaines au quotidien, mais qui animent aussi les destin\u00e9es : amours, confidences, jalousie, s\u00e9duction, complot, alliance, hi\u00e9rarchie, servitude ou r\u00e9volte. Il y a l\u00e0 tous les ingr\u00e9dients de la mise &lt; 52 &gt; Interfaces num\u00e9riques \u2013 n\u00b0 1\/2012 en abyme de nos propres relations avec nos contemporains, et de celles, futures, avec nos compagnons sensibles et attentionn\u00e9s.<\/p>\n<ol>\n<li><b>5.\u00a0\u00a0\u00a0 <\/b><b>Conclusion <\/b><\/li>\n<\/ol>\n<p>Nous entamons la deuxi\u00e8me d\u00e9cennie d\u2019un si\u00e8cle qui pourrait voir se r\u00e9aliser plus rapidement qu\u2019on ne le croit un des plus vieux r\u00eaves de l\u2019humanit\u00e9 : celui de donner vie et intelligence \u00e0 des cr\u00e9atures artificielles, ce que nous appelons des robjets. De Pygmalion \u00e0 Asimov, en passant par Vaucanson et Mary Shelley, les ing\u00e9nieurs, les savants et les \u00e9crivains se sont saisis de cette promesse (ou de ce cauchemar) pour en anticiper les cons\u00e9quences pratiques, sociales, politiques et philosophiques. Avec la possibilit\u00e9 de cet accomplissement, c\u2019est au designer de faire aujourd\u2019hui ce travail, dans la mesure o\u00f9 c\u2019est un vivre ensemble m\u00e9tamorphos\u00e9 qui s\u2019annonce et qu\u2019il concerne tous les hommes.<\/p>\n<p>Cela n\u00e9cessite une rupture radicale avec des pratiques, des concepts et des m\u00e9thodes attach\u00e9s \u00e0 des enjeux r\u00e9els mais limit\u00e9s aux contenus, aux m\u00e9dia, aux interfaces consid\u00e9r\u00e9es comme l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de l\u2019interactivit\u00e9 et du num\u00e9rique. En renon\u00e7ant \u00e0 faire du contr\u00f4le le point de passage oblig\u00e9 de l\u2019interaction, et donc de l\u2019interface comme instance de ce contr\u00f4le, celle\u2010ci dispara\u00eet. S\u2019ouvre alors un espace de conception de nouveaux objets capables de prise d\u2019initiatives, avec qui nous ne serons plus en interaction mais en relation.<\/p>\n<p>Le design de demain, nourri de technologies puissantes mais invisibles, sera donc un design de la relation, cr\u00e9ant ainsi la possibilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me d\u2019objets attentifs, attentionn\u00e9s, qui auront perdu leur statut d\u2019outils, et gagn\u00e9 celui de compagnon. On ne contr\u00f4le pas un compagnon, on appr\u00e9cie simplement la qualit\u00e9 des moments partag\u00e9s.<\/p>\n<p><b>\u00a0<\/b><\/p>\n<p><b>Bibliographie <\/b><\/p>\n<ul>\n<li>Aziosmanoff Florent (2010). <i>Living Art, l\u2019art num\u00e9rique<\/i>, CNRS \u00c9ditions.<\/li>\n<li>Greenfield Adam (2007). <i>Everyware<\/i>, FYP \u00c9ditions.<\/li>\n<li>Loos Adolf (2003). <i>Ornement et crime<\/i>, \u00c9ditions Payot et Rivages.<\/li>\n<li>Vial St\u00e9phane (2010). <i>Court trait\u00e9 du design<\/i>, PUF, Paris.<\/li>\n<li>Weiser Marc (1991). <i>The Computer of the 21st Century<\/i>, Scientific American._<\/li>\n<\/ul>\n<div>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Pour une vision plus d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019histoire des interfaces, nous renvoyons le lecteur vers le travail assez exhaustif d\u2019Etienne Mineur<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Nous sommes conscients du caract\u00e8re un peu entier de cet encha\u00eenement. Les interfaces tangibles, par exemple, semblent \u00e9chapper \u00e0 ce sch\u00e9ma, puisque les \u00e9crans y disparaissent, et que le corps revient dans le champ de l\u2019exp\u00e9rience. Mais la disparition de l\u2019\u00e9cran ou le retour du corps ne changent pas grand chose quant \u00e0 notre critique de fond sur la dictature de l\u2019interface qui voudrait rester un passage oblig\u00e9.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cette cat\u00e9gorie vaut d\u2019ailleurs m\u00e9taphore. \u00ab Donnez moi un point d\u2019appui et un levier, je soul\u00e8verai le monde \u00bb disait Archim\u00e8de !<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Le designer Jean\u2010Louis Frechin a de son c\u00f4t\u00e9 propos\u00e9 le terme de \u00ab neoobjet\u00bb. Si la nouveaut\u00e9 radicale de ces objets y est exprim\u00e9e, leur nature autonome pas, d\u2019o\u00f9 notre proposition.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> http:\/\/archives.universcience.fr\/francais\/ala_cite\/evenements\/robotcite\/ville. htm<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Benasayag Miguel, Del Rey Ang\u00e9lique, <i>Plus jamais seul : Le ph\u00e9nom\u00e8ne du t\u00e9l\u00e9phone portable, <\/i>Bayard, 2006.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> http:\/\/www.lecube.org<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> http:\/\/www.criif.fr<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> http:\/\/www.futur\u2010en\u2010seine.fr\/<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> http:\/\/lejardindesamours.com\/<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>In \u00ab\u00a0Interfaces Num\u00e9riques\u00a0\u00bb N\u00b01\u00a0\u00bb &#8211; (lire l&rsquo;article ici) &lt; R\u00c9SUM\u00c9 &gt; Cet article propose une analyse critique sur une forme de pens\u00e9e dominante dans le domaine du design dit \u00ab num\u00e9rique \u00bb, qui voudrait caract\u00e9riser ce dernier comme porteur syst\u00e9matique &hellip; <a href=\"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1285\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1285"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1285"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1285\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1286,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1285\/revisions\/1286"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1285"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1285"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1285"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}