{"id":1367,"date":"2017-06-25T10:35:32","date_gmt":"2017-06-25T09:35:32","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1367"},"modified":"2017-06-25T10:48:13","modified_gmt":"2017-06-25T09:48:13","slug":"in-i-t-i-stands-for-intelligence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1367","title":{"rendered":"In I.T., \u00ab I \u00bb Stands for Intelligence"},"content":{"rendered":"<p><strong>SIFAI 90 &#8211; Kyoto Japan &#8211; November 90<\/strong><br \/>\n<strong>Colloque Franco-japonais sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Harmonie entre Technologie et Culture\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Les technologies de l&rsquo;information se d\u00e9veloppent aujourd&rsquo;hui \u00e0 un rythme tel que l&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 en parler comme de \u00ab\u00a0La troisi\u00e8me r\u00e9volution Industrielle\u00a0\u00bb. Mais quel est le sens de cette proposition : En quoi s&rsquo;agit-il d&rsquo;une r\u00e9volution ? Et est-elle bien industrielle ? Je voudrais dans cette courte pr\u00e9sentation avancer et d\u00e9fendre l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il s&rsquo;agit de bien plus que de cela. Que les technologies de l&rsquo;Information ne doivent pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme les derni\u00e8res n\u00e9es d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e par la technologie mais bien comme les sympt\u00f4mes avant-coureurs d&rsquo;une autre soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 les valeurs humaines reprendront la seule place qu&rsquo;elles m\u00e9ritent : la premi\u00e8re. Tout simplement parce qu&rsquo;elles seules pourront dissoudre la complexit\u00e9 croissante \u00e0 laquelle va devoir faire face notre monde, et qu&rsquo;elles seules lui permettront donc tout simplement de survivre.<\/p>\n<p>Quand on examine l&rsquo;Histoire de l&rsquo;Humanit\u00e9, on s&rsquo;aper\u00e7oit rapidement que les organisations, sociales, \u00e9conomiques et politiques, \u00e9mergent dans le seul but de lui assurer sa stabilit\u00e9 structurelle (c&rsquo;est \u00e0 dire sa survie), quand elle est confront\u00e9e au probl\u00e8me de sa croissance. Car plus que la croissance, c&rsquo;est bien la survie qui motive les soci\u00e9t\u00e9s. De multiples exemples de soci\u00e9t\u00e9s qui ne croissent pas -et que l&rsquo;on d\u00e9nomme \u00e0 tort primitives- nous montrent \u00e0 l&rsquo;envi que le bonheur ne se mesure pas toujours au taux de croissance.<\/p>\n<p>La ma\u00eetrise de l&rsquo;agriculture a \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re r\u00e9ponse au d\u00e9fi de la survie des groupes humains, et cette r\u00e9volution a eu un impact social et politique \u00e9norme sur nos soci\u00e9t\u00e9s. De fait, nombre de Fran\u00e7ais ou de Japonais vivent encore aujourd&rsquo;hui avec des valeurs venant de cette r\u00e9volution. D&rsquo;un point de vue socio-politique, l&rsquo;organisation d&rsquo;un telle soci\u00e9t\u00e9 \u00e9tait de nature familiale et communautaire (on dirait aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0\u00e0 taille humaine\u00a0\u00bb). L&rsquo;effet de bord de cette r\u00e9volution a \u00e9t\u00e9 de lui permettre de cro\u00eetre en nombre et donc en complexit\u00e9. La r\u00e9ponse d&rsquo;alors \u00e0 cette complexit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9volution industrielle du 19\u00e8me Si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la production de nourriture, vint donc le temps de la production de machines et de produits. Les impacts sociaux de cette r\u00e9volution seront \u00e9videmment immenses, les formes m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s de ce XX\u00e8me si\u00e8cle en \u00e9tant directement issues. La r\u00e9volution industrielle a en fait \u00e9t\u00e9 comme la louve allaitant les fondateurs de la civilisation romaine, Romulus et Remus, mais les rejetons s&rsquo;appelaient ici Marxisme et Capitalisme. Le XIX\u00e8me Si\u00e8cle est aussi le si\u00e8cle o\u00f9 apparait le ph\u00e9nom\u00e8ne urbain, o\u00f9 naissent les \u00e9tats modernes, o\u00f9 se cr\u00e9e un florissant commerce international. Bref les soci\u00e9t\u00e9s se structurent et interagissent.<\/p>\n<p>Un des points les plus importants cette r\u00e9volution industrielle est sans conteste les diverses places des hommes dans l&rsquo;organisation qu&rsquo;elle implique. De fait, la majorit\u00e9 -la classe ouvri\u00e8re- produisait des biens consomm\u00e9s par une minorit\u00e9. Cette majorit\u00e9 \u00e9tait donc dans tous les sens du terme exploit\u00e9e, bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;expansion incroyable de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s le d\u00e9but de ce si\u00e8cle apparurent les premiers sympt\u00f4mes des limites d&rsquo;une telle organisation. Parce que la logique industrielle est aussi une logique de croissance, il fallait absolument que de nouveaux et grands march\u00e9s soient cr\u00e9\u00e9s. De ce fait, le statut social de la majorit\u00e9 s&rsquo;est trouv\u00e9 amplement modifi\u00e9, puisque de simple producteur, le citoyen des pays industrialis\u00e9s a d\u00fb devenir un consommateur, c&rsquo;est \u00e0 dire la cible d&rsquo;un nouveau march\u00e9. Ce statut lui assurait certes un confort mat\u00e9riel nouveau et appr\u00e9ciable, mais il \u00e9tait surtout le moyen d&rsquo;assurer aux soci\u00e9t\u00e9s industrielles la croissance n\u00e9cessaire \u00e0 leur survie. Par ailleurs, avec l&rsquo;apparition du taylorisme, une nouvelle conception du travail s&rsquo;impose alors, qui contenait certes en elle une logique de d\u00e9shumanisation, mais qui allait d&rsquo;abord faire preuve d&rsquo;une efficacit\u00e9 \u00e9conomique diabolique.<\/p>\n<p>Mais encore une fois, stabilit\u00e9 structurelle a rim\u00e9 avec croissance. Ainsi, \u00e0 l&rsquo;aube du XXI\u00e8me Si\u00e8cle, la soci\u00e9t\u00e9 humaine, de par sa croissance et sa globalisation, est devenue aujourd&rsquo;hui si complexe, qu&rsquo;un nouveau d\u00e9fi est \u00e0 relever.<\/p>\n<p>Quel est-il ? Ce d\u00e9fi est essentiellement de nature combinatoire. Parce que les d\u00e9mographies sont globalement en croissance. Parce que les moyens de transports et de communications permettent de mettre en oeuvre \u00e0 un rythme sans pr\u00e9c\u00e9dent des \u00e9changes commerciaux et culturels. Bref parce que la soci\u00e9t\u00e9 humaine se globalise de plus en plus. Elle ne se trouve en effet plus constitu\u00e9e d&rsquo;\u00eelots aux destin\u00e9es ind\u00e9pendantes. Bien au contraire, et au-del\u00e0 des id\u00e9ologies mises en oeuvre et des orgueils nationaux, aucun \u00e9tat ne peut aujourd&rsquo;hui ignorer le reste du monde. Et quand il lui prend l&rsquo;envie de le faire, il le paye toujours \u00e0 ses d\u00e9pens.<\/p>\n<p>Cette complexit\u00e9, aucune id\u00e9ologie de ce si\u00e8cle ou de l&rsquo;autre ne se trouve aujourd&rsquo;hui pr\u00eate \u00e0 l&rsquo;affronter. La tentation de croire que la planification \u00e9tait la r\u00e9ponse au d\u00e9fi (\u00ab\u00a0\u00e0 d\u00e9faut de comprendre le monde, feignons d&rsquo;en \u00eatre les ma\u00eetres\u00a0\u00bb disait Jean Cocteau) s&rsquo;est \u00e9croul\u00e9 un soir de Novembre 1989. De m\u00eame, l&rsquo;approche lib\u00e9rale, \u00e0 tort regonfl\u00e9e par l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement pr\u00e9c\u00e9dent, donne tous les jours les signes de son immense fragilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ma conviction au contraire est que ce d\u00e9fi, comme tous ceux qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, va exiger de nouvelles formes de comportements et d&rsquo;organisations sociales.<\/p>\n<p>On aurait pu croire \u00e0 tort que la r\u00e9ponse \u00e0 ce d\u00e9fi \u00e9tait de nature technologique, et que justement, les technologies de l&rsquo;Information en constitueraient\u00a0 les fondations. Apr\u00e8s la ma\u00eetrise de la mati\u00e8re (l&rsquo;agriculture), puis des objets (l&rsquo;industrie), puis de l&rsquo;\u00e9nergie, ne serait-ce pas autour de la ma\u00eetrise de l&rsquo;Information que se jouerait le sort des soci\u00e9t\u00e9s, et ce, qu&rsquo;elles soient humaines ou \u00e9conomiques ? \u00ab\u00a0Qui contr\u00f4lera l&rsquo;information contr\u00f4lera le monde\u00a0\u00bb pourrait-on dire. Et la comp\u00e9tition tr\u00e8s serr\u00e9e que se livrent les nations pour la ma\u00eetrise de leur informatique ou de leur fili\u00e8re \u00e9lectronique ne devrait pas \u00eatre la moindre preuve de cette \u00e9vidence !<\/p>\n<p>Mais ce serait faire fausse route. Le changement \u00e0 effectuer n&rsquo;est pas de nature quantitatif (plus vite, plus haut, plus fort) mais bien qualitatif (autrement). J&rsquo;ai essay\u00e9 de montrer, comment, \u00e0 chaque nouveau d\u00e9fi, celui-ci \u00e9tait r\u00e9solu en cr\u00e9ant de nouvelles formes de comportements, et d&rsquo;organisation humaines, et comment le r\u00f4le des individus se voyait \u00e0 chaque fois modifi\u00e9. La premi\u00e8re chose que l&rsquo;on a demand\u00e9e ou impos\u00e9e au citoyen a \u00e9t\u00e9 de travailler fort, puis de consommer fort. La prochaine et in\u00e9vitable \u00e9tape sera de lui demander de penser fort. Autrement dit, la stabilit\u00e9 structurelle des soci\u00e9t\u00e9s qui a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 bas\u00e9e sur la capacit\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e0 travailler, puis sur sa capacit\u00e9 \u00e0 consommer, le sera bient\u00f4t in\u00e9vitablement, sur sa capacit\u00e9 \u00e0 penser. La r\u00e9ponse au d\u00e9fi est donc inexorablement humaine et a pour nom : l&rsquo;Intelligence.<\/p>\n<p>Car en effet, le seul moyen de r\u00e9soudre la complexit\u00e9 est bien de la dissoudre ! Plus personne, plus aucun gouvernement, plus aucun conseil d&rsquo;administration ne sera bient\u00f4t plus capable non seulement de comprendre les situations l&rsquo;impliquant, mais aussi d&rsquo;anticiper sur celles-ci (ce qui est la base d&rsquo;un gouvernement). Ces situations seront en effet trop complexes pour \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es, et donc pour pouvoir \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es. La seule solution consistera alors \u00e0 briser les probl\u00e8mes jusqu&rsquo;\u00e0 leur donner une taille humaine, \u00e0 distribuer les responsabilit\u00e9s et les prises de d\u00e9cisions \u00e0 d&rsquo;autant plus de personnes que la situation sera complexe. Une telle m\u00e9thode exige \u00e9videmment que les acteurs impliqu\u00e9s soient en pleine possession de la seule arme n\u00e9cessaire : leur intelligence. C&rsquo;est \u00e0 dire de leur capacit\u00e9 \u00e0 identifier les probl\u00e8mes, \u00e0 proposer des solutions et \u00e0 prendre des d\u00e9cisions. Ce type d&rsquo;organisation rel\u00e8ve en fait compl\u00e8tement d&rsquo;une approche parall\u00e8le de la prise de d\u00e9cision.<\/p>\n<p>On m&rsquo;objectera peut-\u00eatre que la d\u00e9marche qualit\u00e9, par exemple, est une parfaite illustration de cette approche. Qu&rsquo;on se d\u00e9trompe ! La d\u00e9marche qualit\u00e9 rel\u00e8ve plus d&rsquo;un taylorisme \u00e9clair\u00e9 que d&rsquo;un pari sur l&rsquo;intelligence. La preuve en est donn\u00e9e dans la bureaucratie que g\u00e9n\u00e8re r\u00e9guli\u00e8rement, sinon syst\u00e9matiquement, l&rsquo;application d&rsquo;une telle d\u00e9marche. De plus, je parle ici d&rsquo;Intelligence et non de Qualification. Dans Intelligence, j&rsquo;entends personnellement les mots souplesse, versatilit\u00e9, adaptabilit\u00e9, inventivit\u00e9, ouverture. Parce que le challenge sera bien de faire face \u00e0 de plus en plus de situations nouvelles et denses, il faudra alors faire preuve de cette intelligence l\u00e0.<\/p>\n<p>Plus que l&rsquo;application d&rsquo;une m\u00e9thode, cette nouvelle approche est donc un pari sur l&rsquo;homme. L&rsquo;intelligence est la seule solution flexible et distribu\u00e9e au probl\u00e8me de la complexification de notre soci\u00e9t\u00e9. On imagine l&rsquo;impact social et culturel de cette approche de la complexit\u00e9. Parce que devant par n\u00e9cessit\u00e9 \u00eatre constitu\u00e9e d&rsquo;une majorit\u00e9 d&rsquo;individus ouverts et inventifs, cette future soci\u00e9t\u00e9 va compl\u00e8tement changer de nature. Loin d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 sacrifiant ses individus pour ce qu&rsquo;elle croit \u00eatre le bien collectif, et tout aussi loin d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la collectivit\u00e9 est sacrifi\u00e9e sur l&rsquo;autel de l&rsquo;individualisme, cette soci\u00e9t\u00e9 que je pressens r\u00e9conciliera individu et collectivit\u00e9 dans leurs objectifs, sans jamais sacrifier l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Dans cette soci\u00e9t\u00e9, la plupart des hommes devraient alors se retrouver dans l&rsquo;ancienne position de l&rsquo;artisan, d&rsquo;un Homme de l&rsquo;Art. C&rsquo;est \u00e0 dire non seulement d&rsquo;un professionnel aguerri, mais surtout dans celle d&rsquo;un individu donnant du sens \u00e0 ses actes, c&rsquo;est \u00e0 dire une intention. Qu&rsquo;on ne croit pas qu&rsquo;il s&rsquo;agisse l\u00e0 d&rsquo;une utopie sympathique. Bien au contraire, cette situation s&rsquo;imposera comme une n\u00e9cessit\u00e9 historique \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 humaine trop complexe pour qu&rsquo;aucune personne morale ou physique ne puisse la g\u00e9rer.<\/p>\n<p>Quelle est dans ce contexte, la place des technologies de l&rsquo;Information et parmi celles-ci de l&rsquo;Intelligence Artificielle ? Il est clair \u00e0 mon sens que l&rsquo;Informatique va se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre l&rsquo;extension essentielle \u00e0 la compr\u00e9hension et \u00e0 la gestion de ce monde. L&rsquo;information sera la mati\u00e8re premi\u00e8re de cette Intelligence \u00e0 l&rsquo;oeuvre. Elle devra \u00eatre cribl\u00e9e (tout n&rsquo;est pas information), stock\u00e9e et communiqu\u00e9e sous toutes ses formes. Pour des raisons op\u00e9rationnelles de communication et d&rsquo;efficacit\u00e9, les technologies de l&rsquo;information vont se standardiser, et certainement \u00e0 un rythme que l&rsquo;on ne soup\u00e7onne pas encore. L&rsquo;objet \u00e9tant ici de comprendre le monde, aucune barri\u00e8re ne devra en effet s&rsquo;opposer artificiellement \u00e0 cet imp\u00e9ratif. Toute prise de d\u00e9cision se prendra bient\u00f4t plus sur la base d&rsquo;informations digitales que sur celles venant directement du monde r\u00e9el. Cette addition du virtuel au r\u00e9el ajoutera une dimension au monde, celle de l&rsquo;information, ce qui le rendra paradoxalement plus clair. L&rsquo;information aura donc dans cette soci\u00e9t\u00e9 bien plus d&rsquo;importance que le p\u00e9trole n&rsquo;en a dans celle-ci.<\/p>\n<p>Mais n&rsquo;est-il pas paradoxal, dans un monde o\u00f9 l&rsquo;Intelligence humaine sera syst\u00e9matiquement mise en avant et exploit\u00e9e, d&rsquo;investir aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;Intelligence Artificielle ? N&rsquo;y a-t-il pas antinomie dans les termes ? Je ne le crois pas. l&rsquo;Intelligence Artificielle a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 un r\u00eave simpliste et simplificateur qui n&rsquo;a m\u00eame pas eu le droit de se transformer en cauchemar. Il n&rsquo;y a aujourd&rsquo;hui aucune avanc\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;intelligence qui ne soit une retomb\u00e9e des \u00e9tudes d&rsquo;Intelligence artificielle (ce serait m\u00eame d&rsquo;ailleurs plut\u00f4t le contraire !). Les retomb\u00e9es, car il y en a, sont ailleurs, et sont d&rsquo;ordre technologique. l&rsquo;Intelligence Artificielle (I.A.) est aujourd&rsquo;hui un ensemble de techniques, de m\u00e9thodes et d&rsquo;outils qui permettent \u00e0 l&rsquo;Homme d&rsquo;affronter la complexit\u00e9. Non seulement dans la solution de probl\u00e8mes complexes (mais n&rsquo;est-ce pas l&rsquo;objet de l&rsquo;informatique en g\u00e9n\u00e9ral) mais surtout dans la gestion de cette complexit\u00e9, gestion qui exige souplesse, versatilit\u00e9, dynamisme, bref un peu d&rsquo;intelligence. A ce titre l&rsquo;I.A. se caract\u00e9rise tout en se banalisant \u00e0 la fois, et devient un outil parmi d&rsquo;autres, devant aider l&rsquo;homme dans la prise de d\u00e9cision. L&rsquo;I.A serait donc \u00e0 l&rsquo;homme moderne ce que la fl\u00e8che \u00e9tait pour Cro-Magnon : une extension. Mais une extension, non plus de son bras mais de son intelligence. Mais comme il n&rsquo;y a pas d&rsquo;arc sans archer, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;Intelligence Artificielle sans une Intelligence humaine pour la manipuler.<\/p>\n<p>Tous les outils, au sens large du terme, invent\u00e9s par l&rsquo;Homme ont jusqu&rsquo;ici \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s pour permettre \u00e0 l&rsquo;homme d&rsquo;amplifier sa force musculaire, de le faire aller plus vite et plus loin qu&rsquo;il ne peut courir, de le faire communiquer plus vite plus loin qu&rsquo;il ne peut crier. L&rsquo;Intelligence Artificielle s&rsquo;inscrit elle aussi dans ce sch\u00e9ma, tout en passant \u00e0 un autre ordre de qualit\u00e9, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;aider l&rsquo;homme \u00e0 penser plus vite et plus loin. Ainsi loin d&rsquo;\u00eatre une menace \u00e0 la supr\u00e9matie de l&rsquo;Humain dans ce monde qui s&rsquo;avance, l&rsquo;Intelligence Artificielle va se r\u00e9v\u00e9ler \u00eatre un tremplin pour l&rsquo;Intelligence Humaine qui l&rsquo;am\u00e8nera alors plus haut, plus loin, plus fort.<\/p>\n<p>On me reprochera peut-\u00eatre de ne pas m&rsquo;\u00eatre \u00e9tendu plus avant sur les aspects prospectifs de l&rsquo;I.A. en tant que technologie. Qu&rsquo;on m&rsquo;en excuse. Mais c&rsquo;est que je crois les technologies de peu d&rsquo;int\u00e9r\u00eat lorsqu&rsquo;elles se trouvent d\u00e9tach\u00e9es des projets qui les motivent. L&rsquo;I.A. est certes un sujet technologique excitant, mais c&rsquo;est son statut d&rsquo;extension ou de tremplin qui la rend importante. Ce que je pourrais dire ici sur l&rsquo;application de telles ou telles techniques ou outils serait \u00e0 la fois vain et de courte dur\u00e9e de vie. Alors que La place de l&rsquo;Humain et de son intelligence dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 l&rsquo;information est un fluide vital reste un sujet qui ne se d\u00e9modera pas.<\/p>\n<p>Quelle est maintenant la position de deux pays aussi diff\u00e9rents que le Japon et la France face au d\u00e9fi qui s&rsquo;avance. En quoi ces deux cultures si diff\u00e9rentes sont elles pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l&rsquo;affronter. Je ne poss\u00e8de malheureusement du Japon qu&rsquo;une vue lointaine, et donc forc\u00e9ment incompl\u00e8te sinon inexacte. Aussi ne me hasarderais-je pas \u00e0 des comparaisons ou analyses trop pr\u00e9cises, parce que sans substance. Ce que je puis dire \u00e0 coup s\u00fbr c&rsquo;est qu&rsquo;aucune des deux cultures ne peut pr\u00e9tendre aujourd&rsquo;hui mettre en oeuvre l&rsquo;organisation que j&rsquo;ai esquiss\u00e9e, m\u00eame si chacune \u00e0 d\u00e9j\u00e0 enclench\u00e9 nombres d&rsquo;actions qui l&rsquo;en rapprochent.<\/p>\n<p>Le Japon a ainsi mis en place, et bien plus volontairement que nous ne l&rsquo;avons fait,\u00a0 un plan \u00e9conomique et donc forc\u00e9ment politique pour pousser l&rsquo;informatisation de sa soci\u00e9t\u00e9. Informatisation ne signifiant pas seulement utilisation de l&rsquo;informatique mais aussi impr\u00e9gnation culturelle des concepts informatiques. Ce plan a pour vocation d&rsquo;anticiper et donc d&rsquo;affronter en douceur les changement sociaux qui s&rsquo;annoncent pour le Japon, comme le vieillissement de sa population par exemple. En ce sens, le Japon a entam\u00e9 une d\u00e9marche en des points bien proche de celle que j&rsquo;ai tent\u00e9 d&rsquo;exposer. Par ailleurs, la formidable capacit\u00e9 du peuple Japonais \u00e0 se mobiliser pour des causes collectives est certes un atout supl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>La France quant \u00e0 elle, fid\u00e8le \u00e0 ses traditions comme \u00e0 ses tropismes individualistes, n&rsquo;a pas s\u00e9rieusement tent\u00e9 de mettre en oeuvre des plans informatiques tels qu&rsquo;au Japon. En ce sens, elle subit plus qu&rsquo;elle ne contr\u00f4le l&rsquo;informatisation de sa soci\u00e9t\u00e9. Mais elle foisonne par contre de talents cr\u00e9ateurs en d\u00e9veloppements de logiciels et de hardware qui la positionnent tr\u00e8s bien pour affronter un monde o\u00f9 il faudra non seulement extraire, stocker et diffuser l&rsquo;information, mais aussi la cr\u00e9er. H\u00e9sitante dans sa volont\u00e9 de mettre en oeuvre des projets collectifs necessitant une forte adh\u00e9sion des populations, la France est par contre en excellente position en terme d&rsquo;inventivit\u00e9, de cr\u00e9ativit\u00e9 et de souplesse, individuelle comme sociale, n\u00e9cessaires \u00e0 la distribution des pouvoirs de d\u00e9cisions.<\/p>\n<p>Je ne suis en fait pas loin de penser qu&rsquo;un harmonieux cocktail des diverses attitudes soit la solution finale \u00e0 notre probl\u00e8me, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit ni plus ni moins que de synergiser les volont\u00e9s individuelles dans un grand projet collectif.<\/p>\n<p><i>\u00ab\u00a0Harmonie entre Technologie et Culture<\/i>\u00ab\u00a0, le th\u00e8me m\u00eame de cette conf\u00e9rence n&rsquo;est en fait qu&rsquo;un des sous-aspects d&rsquo;un objectif bien plus vital, qui a d&rsquo;ailleurs fond\u00e9 nombre de comportements au Japon, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00ab\u00a0Harmonie entre l&rsquo;Homme et la Nature\u00a0\u00bb. Et par \u00ab\u00a0<i>Nature<\/i>\u00ab\u00a0, j&rsquo;entends parler autant de celle dont il a h\u00e9rit\u00e9 que de celle qu&rsquo;il cr\u00e9e continuement, et dont la technologie n&rsquo;est qu&rsquo;un avatar. C&rsquo;est bien cette Harmonie qu&rsquo;il s&rsquo;agit au bout du compte d&rsquo;atteindre, en se gardant toujours\u00a0 de confondre moyens et objectifs.<\/p>\n<p>Je voudrais maintenant conclure sur une simple petite remarque. Le mot \u00abIntelligence\u00bb a en fran\u00e7ais deux significations : la capacit\u00e9 de comprendre, ainsi que la capacit\u00e9 \u00e0 vivre en harmonie dans une communaut\u00e9. Telle est \u00e0 mon avis la seule solution au d\u00e9fi qui se pose aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;Humanit\u00e9 : vivre en Intelligence.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/dominique.sciamma.com\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/SIFAI-1990-D.Sciamma.pdf\">&gt;&gt;Lire ici le PDF de cet article<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"right\"><b>Dominique SCIAMMA<\/b><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>SIFAI 90 &#8211; Kyoto Japan &#8211; November 90 Colloque Franco-japonais sur le th\u00e8me \u00ab\u00a0Harmonie entre Technologie et Culture\u00a0\u00bb Les technologies de l&rsquo;information se d\u00e9veloppent aujourd&rsquo;hui \u00e0 un rythme tel que l&rsquo;on n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 en parler comme de \u00ab\u00a0La troisi\u00e8me &hellip; <a href=\"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1367\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[38],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1367"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1367"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1367\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1370,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1367\/revisions\/1370"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1367"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1367"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1367"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}