{"id":1420,"date":"2018-05-19T06:05:56","date_gmt":"2018-05-19T05:05:56","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1420"},"modified":"2018-05-19T06:09:26","modified_gmt":"2018-05-19T05:09:26","slug":"interview-du-grand-lyon-sur-la-robotique-de-service-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1420","title":{"rendered":"Interview du Grand Lyon sur la robotique de service (2011)"},"content":{"rendered":"<p>Dominique Sciamma partage avec nous sa vision des robots de demain. De formes multiples, ils auront des comportements, contribueront \u00e0 notre bien-\u00eatre et d\u00e9velopperont avec nous de v\u00e9ritables relations. En bref, Dominique Sciamma annonce un monde radicalement neuf o\u00f9 les objets sont susceptibles d&rsquo;\u00eatre nos \u00e9gaux et o\u00f9 ces nouvelles relations appellent des nouvelles responsabilit\u00e9s pour les concepteurs, les dirigeants, les penseurs, les utilisateurs&#8230; Enfin, s&rsquo;appuyant sur des projets d&rsquo;\u00e9tudiants du Strate College, il nous montre combien les designers savent se saisir de ces nouveaux enjeux et repr\u00e9sentent des alli\u00e9s indispensables de la robotique de service. Cette interview s&rsquo;inscrit dans le cadre d&rsquo;une large \u00e9tude sur la robotique de service conduite par la Direction de la prospective du Grand Lyon et son r\u00e9seau de veille.<\/p>\n<p><strong>Propos recueillis par Caroline Januel le 4 juillet 2011<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>La robotique de service : la rencontre de l&rsquo;offre et des usages<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Quelles tendances sociales favorisent ou favoriseront \u00e0 l&rsquo;avenir la diffusion des robots de services ? Existe-t-il une demande de robots ?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne pense pas qu&rsquo;il y ait une demande de robots. Le robot renvoie d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;imaginaire et je ne suis pas sur que les gens soient en demande de robots tels qu&rsquo;ils les imaginent. Les \u0153uvres de fiction l&rsquo;illustrent bien, le robot n&rsquo;y est pas l&rsquo;ami de l&rsquo;homme en g\u00e9n\u00e9ral. Quand vous me dites robot, moi je pense plut\u00f4t \u00e0 une chaise, une \u00e9tag\u00e8re, une poubelle, une lampe&#8230; \u00e0 des objets qui ne sont pas vus en g\u00e9n\u00e9ral comme des robots. Je n&rsquo;oublie pas pour autant que ces objets permettent de m&rsquo;asseoir et de travailler, de ranger mes livres et de les consulter, d&rsquo;\u00e9clairer mon bureau ou la pi\u00e8ce enti\u00e8re&#8230; en bref, ce sont les usages des objets qui m&rsquo;int\u00e9ressent. Je crois davantage \u00e0 une promesse robotique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e : les robots seront partout, l\u00e0 o\u00f9 on ne les attend pas, sous des formes que l&rsquo;on n&rsquo;imagine pas, assurant des services que l&rsquo;on ne soup\u00e7onne pas. Une chaise par exemple d\u00e9tectera mon humeur et sera susceptible de d\u00e9livrer ma musique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e au bon moment, celle que je n&rsquo;arr\u00eate pas d&rsquo;\u00e9couter sur deezer. Mon \u00e9tag\u00e8re me rappellera que j&rsquo;ai achet\u00e9 ce livre depuis un moment et que je n&rsquo;ai pas encore pris le temps de le consulter en me projetant un extrait du texte sur le mur de mon bureau, etc.<\/p>\n<p><strong>Quelle est votre d\u00e9finition d&rsquo;un robot ?<\/strong><\/p>\n<p>Pour moi, un robot est un objet qui per\u00e7oit son environnement, qui en a une repr\u00e9sentation, qui en tire de l&rsquo;information, et sur la base de cette information, prend des d\u00e9cisions et met en \u0153uvre des actions. Ma machine \u00e0 pain n&rsquo;est donc pas un robot.<\/p>\n<p><strong>Les 1\u00e8res \u00e9tudes sur les portables dans les ann\u00e9es 1990 montraient que les personnes n&rsquo;en exprimaient pas le besoin, ni m\u00eame l&rsquo;envie. Quels usages pourraient conduire les robots \u00e0 \u00eatre aussi pr\u00e9sents dans nos vies que les t\u00e9l\u00e9phones portables aujourd&rsquo;hui ?<\/strong><\/p>\n<p>On a envie d&rsquo;\u00eatre bien, on a envie que les objets qui nous entourent soient porteurs de services, aient des comportements adapt\u00e9s, qu&rsquo;ils nous apportent attention et confort. Contrairement aux concepteurs et promoteurs du robot humano\u00efde, je suis convaincu que l&rsquo;\u00e9ducation \u00e0 la robotique se fera \u00e0 partir des objets du quotidien. C&rsquo;est pourquoi on les appelle des \u00ab robjets \u00bb au sein de Strate Coll\u00e8ge. C&rsquo;est par ce biais-l\u00e0 que les usages vont s&rsquo;imposer et que l&rsquo;on va trouver normal d&rsquo;avoir chez soi de tels objets. Ils nous apporteront du confort, des services, de la facilit\u00e9, de l&rsquo;ad\u00e9quation. Bien sur, ces besoins seront induits par la technologie et l\u2019acculturation. Comme cela s&rsquo;est pass\u00e9 pour les TIC, nos envies vont cro\u00eetre au rythme de notre \u00e9ducation. Au sein de Strate Coll\u00e8ge, nous formons des futurs designers d&rsquo;objets intelligents parce que nous pensons qu&rsquo;il y aura une demande non pas de robots, mais d&rsquo;usages intelligents, voire magiques parce que ad\u00e9quats, ici et maintenant, l\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;en ai besoin. Il peut s&rsquo;agir d&rsquo;un banc public, d&rsquo;une voiture, d&rsquo;une chaise, d&rsquo;une route, d&rsquo;une poubelle, d&rsquo;un r\u00e9verb\u00e8re&#8230; Il y aura une forme de continuit\u00e9 avec les usages existants, mais avec cette dimension magique en plus que vient apporter la robotique.<\/p>\n<p><strong>Quels leviers peuvent favoriser la diffusion de la robotique de service ?<\/strong><\/p>\n<p>Pour moi, le principal levier pour la diffusion de la robotique de service est et sera les objets du quotidien. Je ne crois pas vraiment \u00e0 l&rsquo;effet levier de l&rsquo;appropriation, de la personnalisation, ou encore de la co-conception. L&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas l\u00e0. Je ne suis pas sur que choisir telle ou telle application pour son smartphone soit si d\u00e9terminant que cela : il s&rsquo;agit juste de choix d&rsquo;appropriation. Je le taille \u00e0 ma mesure, \u00e0 mes besoins. Si je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la bourse, je choisis des applications permettant de suivre les cours de la bourse, la presse financi\u00e8re, etc. Je m&rsquo;approprie mon t\u00e9l\u00e9phone et il me ressemble. Si je personnalise mon t\u00e9l\u00e9phone, je pense l&rsquo;objet comme une extension de moi-m\u00eame, je m&rsquo;exprime \u00e0 travers lui&#8230; ce n&rsquo;est pas non plus ce qui se joue avec un robot. Enfin, la co-conception n&rsquo;a pour moi strictement aucun enjeu. Cela n&rsquo;a pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat parce qu&rsquo;un robot n&rsquo;est pas un ordinateur ou un objet : le robot implique une relation.<\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est la relation qui s&rsquo;instaurera entre l&rsquo;homme et le robot qui d\u00e9terminera son acceptation ?<\/strong><\/p>\n<p>Depuis toujours, l&rsquo;homme est en interaction avec les objets pour des raisons fonctionnelles essentiellement. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une relation de contr\u00f4le, de commande : j&rsquo;appuie sur un bouton ou je l&rsquo;actionne et il me d\u00e9livre une fonction. Les objets \u00ab num\u00e9riques \u00bb d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019\u00e9chappent pas \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9, et les interfaces repr\u00e9sentent les formes les plus sophistiqu\u00e9es de ces contr\u00f4les. Les objets intelligents captent activement les informations relatives \u00e0 leur environnement (physique, humain et autres objets), mais ils adoptent des comportements en fonction de ces informations : adaptation \u00e0 l&rsquo;utilisateur et \u00e0 l&rsquo;environnement. Plus que des fonctionnalit\u00e9s, les objets qui nous entourent vont d\u00e9sormais avoir des comportements. Le fait que ces objets soient caract\u00e9ris\u00e9s par leurs comportements, et non plus par leurs fonctionnalit\u00e9s va changer la nature du rapport entretenu avec les hommes. L&rsquo;objet intelligent ou robot n\u2019est plus un outil qu\u2019on pilote, mais un acteur qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 nous, et cherche \u00e0 d\u00e9livrer ses services sans que nous ayons \u00e0 lui demander. Nous allons donc entrer en relation avec ces objets. Pourquoi ? Parce ce qu&rsquo;ils font attention \u00e0 nous, nous prennent en compte et agissent sans nous consulter. Que les objets fassent attention \u00e0 nous va tout changer car la relation va se sym\u00e9triser. C&rsquo;est de la qualit\u00e9 de cette relation-l\u00e0 que va d\u00e9pendre l&rsquo;acceptation de ces objets si singuliers. Dans la mesure o\u00f9 je les sens amicaux, attentifs \u00e0 moi et \u00e0 mon bien-\u00eatre, je ne vais sans doute plus pouvoir m&rsquo;en passer comme je ne peux plus me passer de mon smartphone (alors qu&rsquo;il n&rsquo;en fait pas autant pour moi). Comment ne pas aimer un objet participant activement \u00e0 votre bien-\u00eatre.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les principaux freins \u00e0 la diffusion des robots de service ?<\/strong><\/p>\n<p>Le 1er frein serait que le robot soit mal con\u00e7u. Il y a un enjeu de design \u00e9norme parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;objets jamais vus et inattendus, qui s&rsquo;investissent dans une relation. Il faut que cette relation soit bonne : je ne dois pas craindre ma poubelle, le banc public, ma lampe, etc. Il va donc falloir inventer un nouveau m\u00e9tier : des designers d&rsquo;objets interactifs attentifs \u00e0 la construction de cette relation. Et cela peut compl\u00e8tement \u00e9chouer : un robot cubique m\u00e9talliques aux ar\u00eates saillantes ne sera pas consid\u00e9r\u00e9 comme sympathique a priori, un robot humano\u00efde parfait n&rsquo;est peut-\u00eatre pas la meilleure forme pour un robot destin\u00e9 \u00e0 des humains car il peut mettre mal \u00e0 l&rsquo;aise. Il faut sortir des sentiers battus quant \u00e0 la formalisation de ces objets et de l&rsquo;imaginaire qui y est attach\u00e9. Se tourner vers des objets softs car il s&rsquo;agit d&rsquo;objets du quotidien : les formes et les mati\u00e8res contribueront \u00e0 en faire des objets doux. Ensuite, vouloir aller trop vite pourrait constituer un frein \u00e0 la diffusion de la robotique de service : brutaliser l&rsquo;usager en confondant sa volont\u00e9 de concepteur et de geek et celle de l&rsquo;usager. Le risque est de penser que parce que l&rsquo;on travaille sur des objets enthousiasmants, tout le monde partage notre enthousiasme&#8230; ce n&rsquo;est pas le cas ! Un autre risque est la \u00ab gadg\u00e9tisation \u00bb c&rsquo;est-\u00e0-dire inventer des objets embl\u00e9matiques mais inutiles et oublier la d\u00e9marche du designer qui est d&rsquo;observer, d&rsquo;interroger, de tester&#8230; Nous devons enfin nous m\u00e9fier de notre imaginaire. L&rsquo;imaginaire associ\u00e9e aux robots est tr\u00e8s riche et ancien. Il est n\u00e9, dans sa dimension technologique avec les automates il y a deux si\u00e8cles, il est aliment\u00e9 et stimul\u00e9 par les robots de fiction, etc. Cette mythologie est encore tr\u00e8s forte, il faudra peut-\u00eatre s&rsquo;en s\u00e9parer un peu, pour revenir \u00e0 quelque chose d&rsquo;anodin, et non anecdotique, gr\u00e2ce aux objets du quotidien. Ces objets favoriseront l&rsquo;habituation : nous nous habituerons \u00e0 ce qu&rsquo;ils prennent des initiatives, cela ne sera plus exceptionnel et n&rsquo;occasionnera plus de r\u00e9action d&rsquo;\u00e9tonnement, d&rsquo;enthousiasme ou de rejet de notre part.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #3366ff;\"><strong>Robots, objets intelligents, objets interactifs&#8230; de nouvelles relations et de nouvelles responsabilit\u00e9s<\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>Les robots sont-ils si singuliers ? S&rsquo;agit-il d&rsquo;une r\u00e9volution ou d&rsquo;une \u00e9volution qui s&rsquo;inscrit d\u00e9j\u00e0 dans l&rsquo;histoire ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n&rsquo;y aura pas de rupture, il s&rsquo;agit plus d&rsquo;une \u00e9volution douce. Nous pouvons comparer \u00e0 ce qu&rsquo;il s&rsquo;est pass\u00e9 avec l&rsquo;informatique. A la fin des ann\u00e9es 1970, l&rsquo;informatique des grands syst\u00e8mes est n\u00e9e avec des machines et des programmes con\u00e7us par des informaticiens et des \u00e9lectroniciens pour d&rsquo;autres informaticiens et \u00e9lectroniciens. Avec l&rsquo;invention du PC en 1981 (la machine d&rsquo;IBM), ce march\u00e9 s&rsquo;est compl\u00e8tement transform\u00e9 puisqu&rsquo;il s&rsquo;est ouvert \u00e0 plusieurs millions de personnes, qui n&rsquo;\u00e9taient pas des informaticiens, mais des comptables, des commer\u00e7ants, des enfants, etc. Les PC sont devenus peu \u00e0 peu des objets du quotidien dans les ann\u00e9es 1990 : c&rsquo;est une \u00e9volution fantastique qui s&rsquo;est \u00e9tal\u00e9e sur une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9es. L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;internet, \u00e0 partir de 1995 en France, a accentu\u00e9 un peu plus ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Cela se passera probablement comme cela pour les robots : le \u00ab PC de la robotique \u00bb, le 1er robot, le robot embl\u00e9matique, \u00ab l&rsquo;Adam \u00bb des robots trouvera sa place dans nos maisons et rien ne sera plus comme avant. Ce robot sera peut-\u00eatre une chaise, un jouet ou un autre objet, je l&rsquo;ignore, mais je ne pense pas qu&rsquo;il sera un robot humano\u00efde.<\/p>\n<p><strong>On a parfois le sentiment que la technologie et les usages vont plus vite que le cadre l\u00e9gal ou le d\u00e9bat \u00e9thique&#8230; N&rsquo;y a-t-il pas urgence \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir collectivement \u00e0 la question : souhaitons-nous vivre avec des robots et en lien permanent avec un r\u00e9seau intelligent ?<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9vident, mais cela d\u00e9pend aussi des pays. Certains se sont saisis du probl\u00e8me comme la Cor\u00e9e par exemple qui r\u00e9fl\u00e9chit au cadre l\u00e9gal, aux droits des utilisateurs et des robots. La France est un pays assez r\u00e9trograde dans son rapport \u00e0 la technologie et manque d&rsquo;anticipation en g\u00e9n\u00e9ral. Sur cet aspect-l\u00e0, je suis assez pessimiste sur les capacit\u00e9s de notre pays \u00e0 comprendre ce qu&rsquo;il se passe au niveau des nouvelles technologies. Je me f\u00e9licite que le Grand Lyon s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 ce sujet et fasse cet effort l\u00e0. Le e-G8, consacr\u00e9 aux enjeux d&rsquo;Internet, a eu lieu en mai 2011 : on peut bien-s\u00fbr se r\u00e9jouir que les plus grandes puissances \u00e9conomiques se saisissent de ces enjeux, mais le font-elles bien ? N&rsquo;est-ce pas un peu tard ? Quelles en sont les conclusions ou les r\u00e9percussions sur la d\u00e9claration finale du G8 ? Elles paraissent bien minces. Quant \u00e0 la robotique, il faut s&rsquo;en saisir d\u00e8s maintenant, avec humilit\u00e9, curiosit\u00e9 et une forme d&rsquo;iconoclasme. Il faut \u00eatre fou pour r\u00eaver des usages, cela ne peut pas \u00eatre pens\u00e9 en continuit\u00e9 de ce qui existe car sinon, on risque de faire comme les cin\u00e9astes de science-fiction des ann\u00e9es 1950 qui pensaient les ordinateurs du 21e si\u00e8cle avec des cartes perfor\u00e9es. Il va falloir \u00eatre tr\u00e8s cr\u00e9atif. Et en g\u00e9n\u00e9ral, les gens qui nous gouvernent ne le sont pas. C&rsquo;est pourquoi il faut interpeller les instances de gouvernance et de r\u00e9gulation, faire du lobbying, cr\u00e9er des syndicats comme Syrobo1 , communiquer, \u00e9duquer, d\u00e9montrer par l&rsquo;affluence comme l&rsquo;a fait le salon Inno-Robo en mars dernier \u00e0 Lyon&#8230; il faut aussi travailler en direction de la population : la faire r\u00eaver, parce qu&rsquo;il y a une part de magie dans ces objets, et la faire r\u00e9fl\u00e9chir, parce que ces objets appellent de nouvelles responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont ces nouvelles responsabilit\u00e9s suscit\u00e9es par les robots ?<\/strong><\/p>\n<p>Il y a tout d&rsquo;abord la responsabilit\u00e9 du concepteur : celui-ci con\u00e7oit un objet qui va prendre des initiatives, apprendre et qui sera donc susceptible de se tromper. Et il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un seul objet mais d&rsquo;un objet inter-connect\u00e9 \u00e0 d&rsquo;autres : ce n&rsquo;est pas juste un robot mais un \u00e9l\u00e9ment d&rsquo;un r\u00e9seau. Les robots auront des comportements unitaires mais \u00e9galement combinatoires et syst\u00e9miques. Le concepteur sera incapable de tout envisager et de tout ma\u00eetriser. Nous devons donc \u00eatre transparents face aux risques possibles. Il y a aussi la responsabilit\u00e9 de chacun face \u00e0 la prolif\u00e9ration possible des robots dans notre soci\u00e9t\u00e9 du gaspillage et du futile. Trop d&rsquo;objets est un probl\u00e8me mais imaginez trop d&rsquo;objets qui prennent des initiatives&#8230; Ils constitueront un r\u00e9seau d&rsquo;objets complexes (aussi nombreux que nous) donc peu ma\u00eetrisables. Ceci est un tr\u00e8s beau sujet de r\u00e9flexion pour les designers, les sociologues, les philosophes, les politiques&#8230; Nous essayons dans notre \u00e9cole de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces enjeux. Les concepteurs et promoteurs de la robotique doivent r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;enjeu d&rsquo;\u00e9ducation du public, via des exp\u00e9rimentations, des expositions, des documentaires, des jeux, etc. Mais il faut aussi qu&rsquo;ils dialoguent avec les hommes politiques, les sociologues et les philosophes pour r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;enjeu du vivre ensemble qui est compl\u00e8tement modifi\u00e9 par ces objets qui rentrent en relation avec nous.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;espace public n&rsquo;est-il pas le terrain d&rsquo;exp\u00e9rimentation id\u00e9al pour les \u00ab robjets \u00bb ?<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;espace public est un espace fantastique pour cela car il contient des objets qui appartiennent \u00e0 tout le monde : le mobilier urbain. On est dans l&rsquo;affirmation explicite du vivre ensemble car le mobilier urbain y concourt. On est loin de la logique : \u00ab ma \u00bb voiture, \u00ab mon \u00bb v\u00e9lo, etc. mais dans une logique de service public. On court-circuite donc un certain nombre de d\u00e9bats relatifs \u00e0 la demande de robots, \u00e0 la question de faire entrer ou non un robot chez soi, etc. car on est dans le partage et ces objets sont au service de tous. Lors de la derni\u00e8re \u00e9dition du Festival Futur en Seine, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 un mobilier urbain robotis\u00e9 exprimant le th\u00e9\u00e2tre de Marivaux : \u00ab le Jardin des Amours \u00bb2 . Ce projet, con\u00e7u par Florent Aziosmanoff, est d\u00e9velopp\u00e9 conjointement par le Cube3 , le Strate Coll\u00e8ge et le Criif4 . Le Jardin des Amours est compos\u00e9 d&rsquo;un banc, d&rsquo;un luminaire-parasol et d&rsquo;une poubelle proposant bien s\u00fbr les services attendus (s&rsquo;asseoir, obtenir de la lumi\u00e8re ou se prot\u00e9ger du soleil, jeter des d\u00e9chets), mais aussi des services num\u00e9riques (wifi, bluetooth&#8230;) et des services qu&rsquo;on n&rsquo;attend pas : ils peuvent vous prendre en photo, vous la proposer, vous inviter \u00e0 jeter votre canette, etc. Ils \u00e9voluent librement, per\u00e7oivent leur environnement et leur entourage par des capteurs et sont capables de s&rsquo;exprimer par des signaux lumineux et sonores et au travers de leurs d\u00e9placements, mouvements et vibrations. Ce mobilier peut donc en permanence se r\u00e9partir dans l&rsquo;espace de mani\u00e8re optimale, selon les besoins des usagers : se reposer dans un endroit calme \u00e0 l&rsquo;ombre, profiter au contraire de l&rsquo;endroit le plus anim\u00e9, avoir une conversation intime \u00e0 deux, regrouper des bancs pour un groupe, etc. En prenant des initiatives, en anticipant des besoins, en se mettant en avant ou en restant en retrait, les mobiliers du Jardin des Amours cr\u00e9ent des relations entre eux (parce qu&rsquo;ils se reconnaissent) et avec les usagers. Les objets marivaudent car leurs comportements ont \u00e9t\u00e9 construits en s&rsquo;inspirant du th\u00e9\u00e2tre de Marivaux o\u00f9 les relations humaines, et en particulier amoureuses, sont centrales. En d&rsquo;autres termes, ils mettent en sc\u00e8ne les relations humaines : s\u00e9duction, complot, jalousie, pouvoir, rejet, etc., et \u00ab s&rsquo;humanisent \u00bb. La relation avec eux peut se d\u00e9velopper tr\u00e8s facilement comme nous le constatons \u00e0 chaque exp\u00e9rimentation. Et gr\u00e2ce \u00e0 ce dispositif, nous reposons une question fondamentale : face \u00e0 cet autre, qui suis-je ? Ce dispositif est une bonne illustration de votre question : l&rsquo;espace public, parce qu&rsquo;il est partag\u00e9, r\u00e9gul\u00e9, parce que les r\u00e8gles sociales y sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, est un excellent terrain pour exp\u00e9rimenter des relations avec des objets intelligents. Bien s\u00fbr, cela sous-entend que la puissance publique soit garante de leurs comportements : il ne s&rsquo;agit pas de faire peur aux personnes \u00e2g\u00e9es ou de provoquer les enfants&#8230;<\/p>\n<p><strong>A quels risques nous exposent potentiellement ces objets intelligents ?<\/strong><\/p>\n<p>Ces objets per\u00e7oivent l&rsquo;environnement et donc chacun d&rsquo;entre nous : ils sont potentiellement les t\u00e9moins permanents de nos vies ! Tout ce que je fais pourra donc \u00eatre connu d&rsquo;un r\u00e9seau intelligent&#8230; Cela renvoie aux d\u00e9bats tout \u00e0 fait l\u00e9gitimes sur la vid\u00e9osurveillance, les traces laiss\u00e9es sur internet, les technologies sans contact. Comment faire en sorte que la libert\u00e9, l&rsquo;intimit\u00e9 et l&rsquo;anonymat des individus soient respect\u00e9s ? Comment veiller \u00e0 ce que ces informations ne servent pas des int\u00e9r\u00eats mercantiles ou partisans. Cela repr\u00e9sente un \u00e9norme travail pour le l\u00e9gislateur qui doit jouer le r\u00f4le de r\u00e9gulateur. La technique peut aider \u00e0 brider, limiter, par exemple en d\u00e9truisant les informations apr\u00e8s un certain temps, mais n&rsquo;apportera pas de solutions suffisantes : la r\u00e9ponse est clairement politique. De notre rapport aux syst\u00e8mes interactifs et aux r\u00e8gles que nous d\u00e9ciderons de mettre, ou de ne pas mettre, en place d\u00e9pendra la forme de la soci\u00e9t\u00e9 humaine.<\/p>\n<p><strong>Pourrons-nous, si nous le souhaitons, nous soustraire \u00e0 ce r\u00e9seau intelligent ?<\/strong><\/p>\n<p>Nous le pourrons, de la m\u00eame mani\u00e8re que certains \u00e9chappent \u00e0 la voiture, vivent sans t\u00e9l\u00e9phones portables ou ordinateurs, etc. mais en acceptant peut-\u00eatre d&rsquo;\u00eatre moins visible, moins performant, moins rapide&#8230; car notre \u00e9poque et l&rsquo;existence d&rsquo;objets intelligents pr\u00e9supposent d&rsquo;\u00eatre reli\u00e9, joignable, d&rsquo;utiliser ces outils&#8230;<\/p>\n<p><strong>D\u00e9l\u00e9guer certaines t\u00e2ches \u00e0 des objets intelligents n&rsquo;est pas neutre. Ne risquons-nous pas de perdre certaines de nos capacit\u00e9s \u00e0 long terme et d&rsquo;en acqu\u00e9rir d&rsquo;autres ?<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est une question que l&rsquo;on se pose \u00e0 chaque nouvel objet technique ou presque. Elle est un peu vaine dans le sens o\u00f9 elle pr\u00e9supposerait qu&rsquo;il existe une sorte d&rsquo;optimum. Or, il n&rsquo;y a pas de limites : peu importe ce que nous perdons ou gagnons, il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00e9volution. La r\u00e9ponse est n\u00e9cessairement dans l&rsquo;action. De nombreux indicateurs tels que le niveau de vie, le taux de mortalit\u00e9, etc. montrent que notre \u00e9volution est favorable. Nous \u00e9voluons mais nous sommes toujours confront\u00e9s aux m\u00eames d\u00e9fis humains qu&rsquo;il y a 4000 ans : comment vivre ensemble ? R\u00e9guler nos passions ? Acc\u00e9der au bonheur ? La technologie nous aide \u00e0 cela autant qu&rsquo;elle nous Direction de la Prospective et du DialoguePublic 20 rue du lac &#8211; BP 3103 &#8211; 69399-LYON CEDEX 03 http:\/\/www.millenaire3.com\/ complique la vie, et les robots seront l\u00e0 aussi pour cela.<\/p>\n<p><strong>Devez-vous votre vision des enjeux de la robotique de service \u00e0 votre parcours professionnel tr\u00e8s vari\u00e9 ? Informaticien de formation, vous avez travaill\u00e9 plusieurs ann\u00e9es dans l&rsquo;intelligence artificielle, vous avez d\u00e9velopp\u00e9 de nombreuses activit\u00e9s NTIC, vous dirigez aujourd&rsquo;hui le d\u00e9partement \u00ab syst\u00e8mes et objets interactifs \u00bb de Strate Coll\u00e8ge, une des premi\u00e8res \u00e9coles de design industriel fran\u00e7aise&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Si je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;informatique, aux math\u00e9matiques et \u00e0 l&rsquo;intelligence artificielle, c&rsquo;est parce que je crois en l&rsquo;hypoth\u00e8se suivante : l&rsquo;\u00eatre humain, sa conscience, tout cela est juste un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9mergent de la complexification de la mati\u00e8re. Nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;\u00e2me, mais nous sommes le r\u00e9sultat d&rsquo;un long processus complexe d&rsquo;\u00e9volution. Nous sommes une forme de m\u00e9canique. Je pense que les robots sont, au-del\u00e0 de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de leurs usages, une mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 la question philosophique : d&rsquo;o\u00f9 venons-nous ? Pourquoi sommes-nous l\u00e0 ? Ce qui peut tendre une recherche sur ces objets n&rsquo;est pas seulement une approche utilitaire mais aussi une approche philosophique. Je fais partie de ceux qui pensent qu&rsquo;un jour l&rsquo;humanit\u00e9 sera capable de produire son \u00e9gal. On n&rsquo;aura rien r\u00e9solu pour autant. On fait m\u00eame cela depuis longtemps&#8230; et nous ne comprenons toujours pas nos enfants ! Mais quand l&rsquo;intelligence artificielle sera r\u00e9ellement \u00e0 la hauteur de l&rsquo;intelligence biologique, cela voudra dire que nous sommes capables de produire nos \u00e9gaux, d&rsquo;expliquer l&rsquo;\u00e9mergence de la conscience, issue de la mati\u00e8re, et donc de tuer d\u00e9finitivement Dieu.<\/p>\n<p><a title=\"Interview du Grand Lyon\" href=\"http:\/\/dominique.sciamma.com\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Dominique_Sciamma_robotique_Grand-Lyon-2011.pdf\" target=\"_blank\"><strong>&gt;&gt;T\u00e9l\u00e9charger le PDF ici<\/strong><\/p>\n<p><\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dominique Sciamma partage avec nous sa vision des robots de demain. De formes multiples, ils auront des comportements, contribueront \u00e0 notre bien-\u00eatre et d\u00e9velopperont avec nous de v\u00e9ritables relations. En bref, Dominique Sciamma annonce un monde radicalement neuf o\u00f9 les &hellip; <a href=\"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=1420\">Lire la suite <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[9,38],"tags":[43,41,40],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1420"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1420"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1420\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1422,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1420\/revisions\/1422"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1420"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1420"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1420"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}