{"id":248,"date":"2012-12-23T08:49:28","date_gmt":"2012-12-23T07:49:28","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=248"},"modified":"2012-12-23T08:49:28","modified_gmt":"2012-12-23T07:49:28","slug":"le-genie-de-lagaffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=248","title":{"rendered":"Le g\u00e9nie de Lagaffe"},"content":{"rendered":"<h1>o\u00f9 \u00ab\u00a0De la Gaffe consid\u00e9r\u00e9e comme un acte cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p><strong>GASTON LAGAFFE<\/strong> : Ce seul nom fait imm\u00e9diatement venir un sourire hilare aux l\u00e8vres d&rsquo;au moins 3 g\u00e9n\u00e9rations de lecteurs de bandes dessin\u00e9es francophones. D&rsquo;une candeur et d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 sans pareilles, ce\u00a0 champion universel de la gaffe\u00a0 (c&rsquo;en est presque monstrueux) a en effet \u00e9t\u00e9 capable de provoquer chaque semaine les pires catastrophes, sans pour autant que le Monde ne s&rsquo;en porte plus mal, bien au contraire. En produisant 15 albums en plus de 30 ans, son auteur, le g\u00e9nial Franquin, a pu donner naissance \u00e0 un personnage attachant, qui a non pas vieilli, mais bien rajeuni au cours de toutes ces ann\u00e9es. Au d\u00e9part Simple gaffeur, Gaston Lagaffe a vu sa personnalit\u00e9 s&rsquo;\u00e9toffer, et ce qui n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un gros d\u00e9faut est devenu au contraire le marque d\u00e9finitive de son g\u00e9nie cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>Et tout d&rsquo;abord, qui est Gaston Lagaffe ? Il apparait brusquement en tant qu&#8217;employ\u00e9 (mais personne ne sait qui l&rsquo;a embauch\u00e9 !) de la r\u00e9daction de l&rsquo;hebdomadaire Spirou, celui-l\u00e0 m\u00eame qui publie ses aventures. H\u00e9ros sans emploi, il va tr\u00e8s rapidement donner la mesure de son talent : faire des gaffes.<\/p>\n<p>Le ressort de cette s\u00e9rie est donc simple, et se rapproche d&rsquo;un genre litt\u00e9raire tr\u00e8s pris\u00e9 au Etats-Unis (malheureusement mal aim\u00e9 en France) : la Short-Short story.\u00a0 Chaque gag faisant une page, il faut en quelques images construire une histoire et amener une chute inattendue. Comme en litt\u00e9rature, ce genre n\u00e9cessite un style \u00e9vocateur et un tr\u00e8s grand sens de la construction. Ici, tout doit concourir \u00e0 l&rsquo;av\u00e8nement de la chute et le superflu n&rsquo;a pas sa place.<\/p>\n<p>Afin de pouvoir donner l&rsquo;occasion \u00e0 Gaston de cr\u00e9er des \u00e9v\u00e9nements, Franquin a d\u00fb concevoir un certain nombre d&rsquo;invariants dans l&rsquo;univers du personnage. Ce cadre permanent va ainsi permettre \u00e0 Franquin d&rsquo;exploiter des th\u00e8mes qui seront autant de r\u00e9f\u00e9rences pour le lecteur, qui retrouvera avec confort un univers connu et qui sera ainsi d&rsquo;autant plus surpris par l&rsquo;\u00e9mergence de la gaffe tant attendue. Cette r\u00e9p\u00e9tition des th\u00e8mes permet aussi \u00e0 l&rsquo;auteur d&rsquo;utiliser une technique humoristique vieille comme le monde : le comique de r\u00e9p\u00e9tition. Passons en revue quelques uns de ces th\u00e8mes.<\/p>\n<p><strong>Le travail<\/strong> : il est tr\u00e8s rare de voir Gaston travailler. D&rsquo;ailleurs, le mot travail lui-m\u00eame provoque chez lui une allergie monstrueuse qui le fait \u00e9ternuer violemment. Tous les moyens sont bons pour \u00e9chapper \u00e0 la monotonie m\u00e9canique d&rsquo;une journ\u00e9e standard d&#8217;employ\u00e9 de bureau. Et les moyens ne manquent pas.<\/p>\n<p><strong>La Chimie<\/strong> : Gaston est un curieux, les sciences le passionnent. Il est donc un fervent amateur du Petit Chimiste, qu&rsquo;il a emprunt\u00e9 \u00e0 son petit neveu. Son objectif : concevoir la premi\u00e8re cire pour parquet qui ne glisse pas. Objectif ambitieux si l&rsquo;on en juge par les r\u00e9sultats qu&rsquo;il obtient, puisqu&rsquo;\u00e0 chaque vaporisation de sa derni\u00e8re formule, les plancher s&rsquo;effondrent ou se transforment en patinoire olympique.<\/p>\n<p><strong>La Musique<\/strong> : Gaston aime la musique. Apr\u00e8s avoir essay\u00e9 (sans succ\u00e8s) la guitare et le trombone, il cr\u00e9e ce qui est son chef d&rsquo;oeuvre : le Gaffophone, sorte de harpe africaine d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e qui a la particularit\u00e9 de tout d\u00e9truire au moindre pincement de ses cordes. Seul le tympan de Gaston reste insensible (bien au contraire !) aux ouragans que l&rsquo;instrument d\u00e9cha\u00eene. Par ailleurs, Gaston est aussi grand amateur d&rsquo;appeaux, qu&rsquo;il con\u00e7oit lui-m\u00eame, et qui font accourir toutes sortes de volatiles, mais rarement ceux attendus.<\/p>\n<p><strong>Manger<\/strong> : Avec la sieste (mais l&rsquo;un ne va pas sans l&rsquo;autre) la nourriture constitue l&rsquo;un des p\u00e9ch\u00e9s mignons de Gaston. L\u00e0 encore, il laisse libre cours \u00e0 son imagination d\u00e9bordante, puisqu&rsquo;il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 concevoir les recettes les plus audacieuses, que les palais et les estomacs les plus blind\u00e9s auraient du mal \u00e0 supporter. Pour assouvir sa passion il doit d&rsquo;ailleurs d\u00e9jouer l&rsquo;attention polici\u00e8re de ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques et imaginer les plus complexes stratag\u00e8mes pour se procurer boites de conserves et ouvres-boites.<\/p>\n<p><strong>Les copains<\/strong> : Le monde pourrait s&rsquo;estimer heureux s&rsquo;il n&rsquo;y en avait qu&rsquo;un. Mais voil\u00e0 ! Ils sont plusieurs ! Que ce soit Jules-de-chez-Smith-en-face ou Bertrand Lab\u00e9vue, ils partagent tous cette m\u00eame caract\u00e9ristique : semer la confusion.<\/p>\n<p><strong>Les animaux<\/strong> : Gaston aime la nature. Il n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 \u00e9lever toute une v\u00e9ritable basse cour au sein des bureaux de la r\u00e9daction. Que ce soit la vache de son oncle qu&rsquo;il tente de gu\u00e9rir d&rsquo;une d\u00e9pression, o\u00f9 son poisson rouge Bubulle, pour qui il con\u00e7oit un complexe de tuyauteries transparentes \u00e0 travers les locaux (sinon il s&rsquo;ennuierait ! proclame-t-il), ou bien Cheese, sa souris grise qui fait ses choux gras des archives de la maison, Gaston fait preuve de la plus grande tendresse envers ses fr\u00e8res inf\u00e9rieurs. Il nous faut \u00e0 ce sujet particuli\u00e8rement citer les pensionnaires permanents de la M\u00e9nagerie Lagaffe que sont sa mouette rieuse (au caract\u00e8re d\u00e9testable) et son chat. Ces deux-l\u00e0 aident efficacement gaston dans l&rsquo;animation de ce petit th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p><strong>Les Contrats<\/strong> : Expliquons nous. Mr Demaesmeker &#8211; industriel (mais que vend-t-il ?) &#8211;\u00a0 cherche \u00e0 signer un contrat avec la maison qui emploie Gaston. H\u00e9las ! chaque tentative est d\u00e9finitivement vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec. Le talent d\u00e9vastateur de Gaston aura raison (m\u00eame en son absence, m\u00eame en plein ciel !) de toutes les bonnes volont\u00e9s. Le plus incroyable, c&rsquo;est que les protagonistes essayent toujours et malgr\u00e9 tout de les signer , ces fameux contrats !<\/p>\n<p><strong>Mademoiselle Jeanne<\/strong> : Au d\u00e9part obscure secr\u00e9taire de la r\u00e9daction, M&rsquo;oiselle Jeanne est amoureuse de Gaston, qui le lui rend bien. Seule pr\u00e9sence f\u00e9minine consistante, M&rsquo;oiselle Jeanne s&rsquo;est sensiblement modifi\u00e9e en quelques ann\u00e9es. Et de v\u00e9ritable boudin (qu&rsquo;est-ce-qu&rsquo;elle \u00e9tait moche !) elle s&rsquo;est transform\u00e9e en rousse \u00e9moustillante toute de fantaisie \u00e9vapor\u00e9e. La relation des deux jeunes gens est ainsi assez forte pour que Gaston emprunte momentan\u00e9ment la grue d&rsquo;un de ses pompiers amis afin de jouer aux cartes avec\u00a0 une Jeanne condamn\u00e9e \u00e0 rester dans sa chambre, par une m\u00e8re sans piti\u00e9 (elle habite donc chez ses parents !).<\/p>\n<p>On l&rsquo;aura compris, Gaston est un cr\u00e9ateur. Plus qu&rsquo;une simple propension \u00e0 la catastrophe, ses gaffes sont plus l&rsquo;expression d&rsquo;un d\u00e9calage entre un certain monde (celui de la routine quotidienne) et l&rsquo;id\u00e9al, l&rsquo;insouciance, l&rsquo;enthousiasme qui le caract\u00e9risent. Telles des plaques tectoniques, ces deux mondes sont en friction, et les gaffes de Gaston ne sont que les sympt\u00f4mes de cette faille culturelle.<\/p>\n<p>Cette dimension plus socio-culturelle apparait de plus en plus explicitement au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;auteur lui-m\u00eame \u00e9volue. Implicites ou inavou\u00e9s au d\u00e9part, les th\u00e8mes sur l&rsquo;\u00e9cologie, les droits de l&rsquo;Homme, le droit \u00e0 la diff\u00e9rence, la d\u00e9fiance des ordres polic\u00e9s (ou policiers!) se font de plus en plus pr\u00e9sents dans les derniers albums.<\/p>\n<p>De paresseux cong\u00e9nital subissant sa gaffomanie, Gaston est devenu un \u00eatre plus volontaire, plus libre et pour lequel les gaffes n&rsquo;apparaissent alors que comme le signe de l&rsquo;utilisation de son libre arbitre. La gaffe devient alors un pur acte de cr\u00e9ation.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>o\u00f9 \u00ab\u00a0De la Gaffe consid\u00e9r\u00e9e comme un acte cr\u00e9ateur\u00a0\u00bb GASTON LAGAFFE : Ce seul nom fait imm\u00e9diatement venir un sourire hilare aux l\u00e8vres d&rsquo;au moins 3 g\u00e9n\u00e9rations de lecteurs de bandes dessin\u00e9es francophones. 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