{"id":263,"date":"2012-12-23T08:55:16","date_gmt":"2012-12-23T07:55:16","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=263"},"modified":"2012-12-23T08:55:16","modified_gmt":"2012-12-23T07:55:16","slug":"lucky-luke","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=263","title":{"rendered":"Lucky Luke"},"content":{"rendered":"<h1>ou \u00ab\u00a0Le Faiseur d&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>L&rsquo;Ouest Am\u00e9ricain est un pays de mythes. Symbole de la domestication de tout un continent, les cow-boys y sont les <i>Achille<\/i> ou <i>Hector<\/i> d&rsquo;une Odyss\u00e9e Moderne. L&rsquo;Am\u00e9rique, la premi\u00e8re, les a glorifi\u00e9s, statufi\u00e9s, et avec un exc\u00e8s qui a fris\u00e9 trop de fois la falsification. Mais les mythes ne connaissent pas de fronti\u00e8res, et celui-ci a donc voyag\u00e9 \u00e0 travers les lanternes cin\u00e9magiques. L&rsquo;Europe s&rsquo;en est saisi, souvent pour le revisiter, le renverser, lui donner un souffle nouveau et perturbateur. L&rsquo;Oeuvre d&rsquo;un Sergio LEONE (les westerns spaghetti) en est ainsi le meilleur exemple cin\u00e9matographique. La bande dessin\u00e9e n&rsquo;est cependant pas en reste qui a donn\u00e9 au monde un de ses personnages les plus attachants, l&rsquo;<i>Homme qui tire plus vite que son ombre<\/i>, j&rsquo;ai nomm\u00e9 : <b>Lucky Luke<\/b>.<\/p>\n<p>S\u00e9rie cr\u00e9\u00e9e par le dessinateur MORRIS il y a plus de 40 ans dans le journal SPIROU, puis dynamis\u00e9e par les sc\u00e9narios rythm\u00e9s et drolatiques de l&rsquo;incontournable Ren\u00e9 GOSCINNY, Lucky Luke a d\u00e9pass\u00e9 all\u00e8grement la soixantaine de titres \u00e0 ce jour. Les petits comme les grands \u00e9crans l&rsquo;ont aussi accueilli et sa l\u00e9gendaire m\u00e8che, sa nonchalance et sa dext\u00e9rit\u00e9 aux armes ont fait le tour du monde. Accompagn\u00e9 de son cheval fid\u00e8le et pince-sans rire, JOLLY JUMPER, il nous fait depuis longtemps visiter une Am\u00e9rique attachante et dr\u00f4le.<\/p>\n<p>C&rsquo;est que cette s\u00e9rie a du \u00eatre la premi\u00e8re \u00e0 aborder le genre du c\u00f4t\u00e9 de la caricature et de l&rsquo;humour. Mais si ici rien n&rsquo;est pris au s\u00e9rieux, c&rsquo;est cependant un Ouest am\u00e9ricain inconnu mais v\u00e9ridique qui nous est pr\u00e9sent\u00e9. Et ce souvent sous des jours que le Western a pass\u00e9 sous silence, parce que d\u00e9pourvus de dimension dramatique. Cavalier solitaire, Lucky Luke n&rsquo;a pas de maison. Ou plut\u00f4t, sa maison c&rsquo;est l&rsquo;Am\u00e9rique toute enti\u00e8re. En la parcourant, il nous fait rencontrer une kyrielle de personnages, illustres ou obscurs, mais qui tous ont contribu\u00e9 d&rsquo;une certaine mani\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une nation.<\/p>\n<p>Qui savait avant <i>le Grand Duc<\/i>, que le Grand Duc de Russie Alexis s&rsquo;\u00e9tait rendu dans l&rsquo;ouest am\u00e9ricain pour chasser le Bison avec\u00a0 Buffalo Bill le boucher ? Qui connaissait le Juge <b>Roy Bean<\/b>, p\u00e8re autoproclam\u00e9 de la loi \u00e0 l&rsquo;ouest du P\u00e9cos avant <i>Le Juge<\/i>. Qui avait entendu parler de l&rsquo;<i>Empereur Smith<\/i>, richissime rancher qui se prenait pour Napol\u00e9on, avant que Lucky Luke ne nous le fasse rencontrer. Beaucoup d&rsquo;albums de Lucky Luke sont ainsi n\u00e9s de ces anecdotes et personnages atypiques, dont les petites et savoureuses histoires sont masqu\u00e9es par le d\u00e9cor en papier m\u00e2ch\u00e9 du mythe banal.<\/p>\n<p>Des ph\u00e9nom\u00e8nes de soci\u00e9t\u00e9s ou des morceaux choisis d&rsquo;\u00e9pop\u00e9es am\u00e9ricaines sont aussi le pr\u00e9texte \u00e0 d&rsquo;autres aventures. La bataille entre bergers et fermiers (<i>Des Barbel\u00e9s sur la Prairie<\/i>), le t\u00e9l\u00e9graphe (<i>Le Fil qui Chante<\/i>), le train (Des rails sur la Prairie) ou l&rsquo;essor de la presse (<i>le Daily Telegraph<\/i>) sont autant de situations souvent dramatiques en r\u00e9alit\u00e9, mais que la s\u00e9rie d\u00e9samorce en les abordant.<\/p>\n<p>Lucky Luke est un d\u00e9fenseur de la loi. Il aura ainsi combattu les plus affreux Jojos de cette partie de l&rsquo;Am\u00e9rique : <b>Jesse James<\/b>,<b> Billy the Kid<\/b>,<b> le Juge Roy Bean<\/b> ou les <b>Fr\u00e8res Dalton<\/b>. Tous ont trouv\u00e9 devant eux cet homme qui manie aussi bien le six coup que l&rsquo;humour. La s\u00e9rie est \u00e0 ce titre iconoclaste qui n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9figurer le mythe du bandit mal aim\u00e9, tel que perp\u00e9tr\u00e9 par le cin\u00e9ma. Ces messieurs n&rsquo;ont droit qu&rsquo;\u00e0 un seul type d&rsquo;indulgence de la part des auteurs : celle de les montrer comme des monstre de b\u00eatise. Lucky Luke mettra quand m\u00eame d\u00e9finitivement fin \u00e0 la carri\u00e8re des Fr\u00e8res Daltons. Ce qui va occasionner la haine de leurs cousins, aussi b\u00eates que les autres \u00e9taient m\u00e9chants, haine qui motivera les plus beaux albums de la s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Les <b>cousins Daltons<\/b> sont presque aussi illustres que leur ennemi pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Leurs \u00e9vasions multiples et leurs frasques de desperados vont nourrir la s\u00e9rie, sans que jamais elle ne se r\u00e9p\u00e8te. Campons donc un peu les personnages. Ils sont quatre, \u00e9tag\u00e9s du plus petit au plus grand, du plus m\u00e9chant au plus b\u00eate. Le petit teigneux c&rsquo;est JOE, le chef de la bande, JACK et WILLIAM en sont les faire-valoir, et l&rsquo;unique, l&rsquo;inimitable AVERELL pourrait bien \u00eatre le plus important des quatre. Celui ci est de loin le plus b\u00eate, et manger (tout et n&rsquo;importe quoi) occupe l&rsquo;essentiel de son esprit. Il est souvent le soufre douleur de son fr\u00e8re JOE, \u00e0 qui il s&rsquo;oppose fr\u00e9quemment. Paradoxalement, il doit aussi \u00eatre le plus humain des quatre, peut-\u00eatre parce que v\u00e9ritablement plus b\u00eate que m\u00e9chant. C&rsquo;est ce que tendrait \u00e0 nous prouver <i>la Gu\u00e9rison des Daltons<\/i>, o\u00f9 il se trouve le seul \u00e0 \u00eatre sensible aux vertus de la psychanalyse.<\/p>\n<p>Plus b\u00eate qu&rsquo;Averell Dalton ne pouvait a priori pas exister. C&rsquo;\u00e9tait compter sans le chien RANTANPLAN, autre vedette de la s\u00e9rie, qui ravit, et de loin, la palme de la b\u00eatise \u00e0 ce cr\u00e9tin d&rsquo;Averell (ils s&rsquo;entendent bien d&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est un signe !). Evocation d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e de <i>RinTinTin<\/i>, mascotte de la cavalerie, RanTanPlan est le chien de garde du p\u00e9nitencier abritant les daltons. Il sera de ce fait le t\u00e9moin successif de leur nombreuses \u00e9vasions, et seul le hasard l&rsquo;am\u00e8nera \u00e0 seconder Lucky Luke (qui s&rsquo;en serait bien pass\u00e9 !) dans la poursuite des m\u00e9chants.<\/p>\n<p>Car ce chien fait et comprend absolument tout de travers ! Quand on lui dit saute, il se couche, quand on lui dit attaque, il fait la f\u00eate. L&rsquo;importance de RanTanPlan ne va cesser de cro\u00eetre avec le temps. Un album est ainsi consacr\u00e9 \u00e0 ce cl\u00e9bard d\u00e9bile (<i>l&rsquo;H\u00e9ritage de RanTanPlan<\/i>) dans lequel un vieil et richissime original lui l\u00e8gue la moiti\u00e9 d&rsquo;une ville, dont le quartier chinois ! Lucky Luke le prot\u00e8gera des v\u00e9ll\u00e9it\u00e9s assassines des Daltons et des sectes secr\u00e8tes chinoises conjugu\u00e9es (ces derniers auraient en effet aim\u00e9 manger leur propri\u00e9taire). Rantanplan y survivra malheureusement, et il est devenu aujourd&rsquo;hui la vedette d&rsquo;une s\u00e9rie ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>H\u00e9ros de bandes dessin\u00e9es, Lucky Luke n&rsquo;en est pas pour autant un h\u00e9ros Am\u00e9ricain. Plus manipulateur qu&rsquo;acteur dans la constitution du r\u00eave am\u00e9ricain, il agit plus souvent comme une Ange Gardien que comme un constructeur v\u00e9ritable. Les pionniers peuvent certes compter sur son aide et sa droiture pour poser une nouvelle pi\u00e8ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9difice, il n&rsquo;agit toutefois pas au m\u00eame niveau qu&rsquo;eux, et sa motivation n&rsquo;est pas la m\u00eame. La derni\u00e8re image de chaque album est \u00e0 ce titre symbolique, qui voit Lucky Luke s&rsquo;\u00e9loigner de l&rsquo;action dans un coucher de soleil en chantant \u00ab\u00a0<i>I&rsquo;m a poor lonesome cowboy, far away from home<\/i>\u00ab\u00a0, alors que les autres protagonistes jouissent, en l&rsquo;oubliant momentan\u00e9ment, de la tranquillit\u00e9 retrouv\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 lui. Lucky Luke n&rsquo;est donc pas de leur monde. Ne tire d&rsquo;ailleurs t-il pas plus vite que son ombre ?<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui confront\u00e9e \u00e0 un d\u00e9fi bien plus exigeant que celui de la simple conqu\u00eate d&rsquo;une nature sauvage, l&rsquo;Am\u00e9rique devrait trouver son salut moins dans les fanfaronnades ridicules d&rsquo;un faux cow-boy recycl\u00e9, que dans les subtilit\u00e9s d&rsquo;un Lucky Luke moderne. Juste un d\u00e9tail pour illuminer ce point : Lucky Luke est Europ\u00e9en&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ou \u00ab\u00a0Le Faiseur d&rsquo;Am\u00e9rique\u00a0\u00bb L&rsquo;Ouest Am\u00e9ricain est un pays de mythes. Symbole de la domestication de tout un continent, les cow-boys y sont les Achille ou Hector d&rsquo;une Odyss\u00e9e Moderne. 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