{"id":267,"date":"2012-12-23T08:56:41","date_gmt":"2012-12-23T07:56:41","guid":{"rendered":"http:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=267"},"modified":"2012-12-23T08:56:41","modified_gmt":"2012-12-23T07:56:41","slug":"ricky-lucien-gilou-et-les-autres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dominique.sciamma.com\/?p=267","title":{"rendered":"Ricky, Lucien, Gilou et les Autres"},"content":{"rendered":"<h1>ou \u00ab\u00a0Sous le Cuir, le Coeur\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>Souvenez vous. C&rsquo;\u00e9tait dans la charmante ville de <i>A<\/i>&#8230; ou se tient annuellement un salon consacr\u00e9 \u00e0 la BD. Monsieur Jack <i>L<\/i>.., alors Ministre de la Culture, du Bicentenaire et du Quand-dira-t-on laveur, et qui portait pour l&rsquo;occasion un magnifique perfecto rose, dessin\u00e9 par Jean-Paul Gaultier, des Santiag en croco Fuschia de chez Winston, et des cha\u00eenes (plaqu\u00e9es or seulement) de chez Cartier, d\u00e9livrait \u00e0 une audience curieuse et int\u00e9ress\u00e9e le message suivant : \u00ab\u00a0<i>En v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis, le Rock et la Bande-Dessin\u00e9e sont les Castor et Pollux d&rsquo;une Mythologie Moderne, enfants naturels de la croissance industrielle et de son mal de vivre, de la r\u00e9cession et\u00a0 de son tr\u00e8s mal de vivre aussi<\/i>\u00ab\u00a0. (Y parle vachte bien, Jack <i>LLL<\/i> , hein !?!).<\/p>\n<p>Et qui, mieux que Franck MARGERIN, cet Emile Zola moderne, aura d\u00e9peint avec autant d&rsquo;humour, sinon de v\u00e9racit\u00e9, l&rsquo;univers de ces rockers de banlieues, ces h\u00e9ros de la zone au coeur pur , qui portent le blouson comme une second peau, et dont les m\u00e9saventures, qui s&rsquo;enracinent pourtant dans un quotidien cr\u00e9dible, nous font rire simplement, sans nous effrayer.<\/p>\n<p>C&rsquo;est dans les pages du tr\u00e8s novateur METAL HURLANT que paraissent, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70, les premi\u00e8res planches de la Saga des banlieues pas tristes. Tout en rondeur, le graphisme de celui que les critiques n&rsquo;ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 appeler <i>le<\/i> <i>L\u00e9onard de Belleville<\/i>, aguiche le regard, et rehauss\u00e9es de couleurs vives bien ma\u00eetris\u00e9es, l&rsquo;oeuvre a une ind\u00e9niable coh\u00e9rence. D\u00e9coup\u00e9s en histoires de longueur variant d&rsquo;une \u00e0 plusieurs dizaine de pages, ces albums syncop\u00e9s s&rsquo;avalent d&rsquo;un trait, comme une Tequila Rapido. Foisonnant de d\u00e9tails, dot\u00e9es de plusieurs niveaux de lecture (attention la marche), les cases regorgent d&rsquo;histoires secondaires et le plus souvent absurdes, en marge de celle que l&rsquo;auteur nous conte. A ce titre, le style de Franck MARGERIN nous renvoie \u00e0 la furieuse \u00e9cole de MAD, qui a fait du <i>nonsense<\/i> son credo, o\u00f9 plus pr\u00e8s de nous \u00e0 GOTLIB.<\/p>\n<p>Mais, l&rsquo;univers de Franck MARGERIN, ce sont d&rsquo;abord des personnages, attachants et typ\u00e9s, caricatures tendres et presque exhaustives de toute la faune urbaine que notre soci\u00e9t\u00e9 a engendr\u00e9e.<\/p>\n<p>Ricky banlieue, par exemple, est un grand costaud \u00e0 la m\u00e8che rebelle (je vois assez bien G\u00e9rard DEPARDIEU dans le r\u00f4le d&rsquo;ailleurs), qui vaque \u00e0 de petits boulots alimentaires pour survivre, mais dont la vie est ailleurs, parmi les copains et son groupe de rock \u00ab\u00a0<i>les Riverains<\/i>\u00ab\u00a0. Mise \u00e0 part une participation \u00e9court\u00e9e sous la pluie dans la commune sinistr\u00e9e de Gazoil\/Mer sur la c\u00f4te bretonne \u00e0 l&rsquo;occasion des \u00ab\u00a0<i>Jeux de Vingt heures<\/i>\u00ab\u00a0, son groupe est d&rsquo;ailleurs toujours \u00e0 la poursuite de la prestation qui le fera enfin conna\u00eetre au grand public.<\/p>\n<p>Gilou, blond, les cheveux plus long que ses camarades mais partageant le m\u00eame trip (de Caen), des lunettes noires sempiternellement juch\u00e9es sur le nez (et o\u00f9 voudriez donc qu&rsquo;elles fussent ?) est un fou de m\u00e9canique. Et en dehors de son emploi de m\u00e9cano, il passe ses journ\u00e9es \u00e0 peaufiner la <i>customization<\/i> de sa \u00ab\u00a0Dauphine\u00a0\u00bb dans son garage. Il a d&rsquo;ailleurs dot\u00e9e son terrible engin d&rsquo;un train arri\u00e8re tellement large que le petit bijou de voiture ne peut pas sortir de son \u00e9crin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Membre aberrant de la m\u00e9nagerie, NANARD, n&rsquo;est pas un rocker mais un Baba ! Cheveux longs (raie au milieu d&rsquo;origine), barbu, manteau afghan, Tongs et petites lunettes rondes m\u00e9talliques, il sentirait s\u00fbrement le Patchouli si les techniques d&rsquo;impression le permettaient. Amateur en vrac, de macrobio, d&rsquo;\u00e9levage de ch\u00e8vre, de crottin du m\u00eame m\u00e9tal, de solos de Bongo, il tentera d&rsquo;initier ses camarades aux valeurs cool du retour \u00e0 la nature. Il est certain d&rsquo;ailleurs que toute la bande le pr\u00e9f\u00e8re parmi ses ch\u00e8vres qu&rsquo;au milieu d&rsquo;un concert <i>destroy<\/i>, o\u00f9 il d\u00e9tonne un peu (surtout quand il bombarde malencontreusement le Chef des Hell&rsquo;s de Malakoff avec du crottin maison) !<\/p>\n<p>LUCIEN enfin, est le rocker type : Perfecto de cuir clout\u00e9, Jeans et Santiag, il est dot\u00e9 d&rsquo;un <i>Banane<\/i> ph\u00e9nom\u00e9nale, ronde et lustr\u00e9e \u00e0 souhait, large et longue comme un ressort de matelas, et qui surplombe son auguste visage comme la figure de proue d&rsquo;un vaisseau urbain. Cette banane est la marque caract\u00e9ristique de Lucien. Plus qu&rsquo;une simple sculpture capillaire, elle est presque un organe. Et quand Lucien sort l\u00e9g\u00e8rement amoch\u00e9 d&rsquo;une <i>baston<\/i>, la banane elle aussi \u00e0 droit \u00e0 la bande Velpo !<\/p>\n<p>Ces personnages sympathiques, tous issus de milieux modestes, sont donc le noyau du petit monde de Franck MARGERIN. Ce milieu du rock quotidien, de la zone ensoleill\u00e9e, de la fraternit\u00e9 motarde, est suffisamment riche et vivant pour que mille anecdotes, certainement puis\u00e9es \u00e0 la source, animent cette oeuvre sautillante. Leur rencontres, leurs espoirs, leurs combines, leurs gal\u00e8res, leur amiti\u00e9s, leurs amours enfin, sont autant de th\u00e8mes simples (mais les belles histoires sont toujours simples) que l&rsquo;auteur va exploiter avec astuce, en les combinant.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre une BD r\u00e9aliste sur les banlieues modernes, l&rsquo;oeuvre de Franck MARGERIN est au contraire une sorte d&rsquo;hommage nostalgique \u00e0 un age d&rsquo;or, celui des ann\u00e9es 60. M\u00eame si beaucoup de d\u00e9tails nous rappellent que le discours est moderne (y avait pas de Punk ni de Skin Heads dans nos villages \u00e0 cette \u00e9poque, si tu veux &#8230;), l&rsquo;Univers et Lucien et de ses petits camarades est en pleine d\u00e9rive temporelle schizophr\u00e9nique (non \u00e7\u00e0 fait pas mal). Des lambeaux d&rsquo;ann\u00e9es soixante viennent alors hanter, jusqu&rsquo;\u00e0 s&rsquo;imposer, nos ann\u00e9es de crises. Ainsi, le rock que Ricky et ses Riverains jouent, c&rsquo;est bien celui des <i>Chaussettes Noires<\/i> et des <i>Chats Sauvages<\/i> (\u00ab\u00a0Est-ce que tu le sais ?\u00a0\u00bb). Les voitures, celles qu&rsquo;ils ach\u00e8tent, comme celles qui roulent dans les rues, sont des <i>Dauphines<\/i>, des <i>4cv<\/i> ou des <i>Ami 6<\/i>.<\/p>\n<p>Nos rockers sont donc sympathiques, parce qu&rsquo;ils sont anachroniquement les enfants des \u00ab\u00a0<i>Trente Glorieuses<\/i>\u00ab\u00a0, de ces ann\u00e9es de croissance continue, o\u00f9 le ch\u00f4mage n&rsquo;existait pas, et o\u00f9 chacun \u00e0 sa mani\u00e8re pouvait acc\u00e9der \u00e0 sa part de bonheur. Leur Rockattitude est positive parce qu&rsquo;elle est plus un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;accompagnement de la croissance, que le rejet d&rsquo;un syst\u00e8me qui marginalise les improductifs. C&rsquo;est \u00e0 ce titre que l&rsquo;oeuvre est finalement tr\u00e8s dat\u00e9e, et que l&rsquo;univers de Franck MARGERIN n&rsquo;est en ce sens pas r\u00e9aliste. Mais comme l&rsquo;intention de l&rsquo;auteur n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;analyse critique, mais bien celle de la d\u00e9rision tendre, personne ne songera un seul instant \u00e0 lui chercher des crosses ( Y a pas int\u00e9r\u00eat d&rsquo;ailleurs, car notre auteur pratique la Savate).<\/p>\n<p>Esp\u00e9rons finalement qu&rsquo;avant la fin de ce si\u00e8cle, une certaine id\u00e9e du bonheur, qui s&rsquo;exprime dans les aventures anachroniques de Ricky, Lucien et les Autres, ne rattrape enfin notre \u00e9poque, et transforme l&rsquo;art nostalgique de Franck MARGERIN en une simple vision anticipatrice. O Yeah !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>ou \u00ab\u00a0Sous le Cuir, le Coeur\u00a0\u00bb Souvenez vous. C&rsquo;\u00e9tait dans la charmante ville de A&#8230; ou se tient annuellement un salon consacr\u00e9 \u00e0 la BD. 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